LA FORCE NE PEUT IMPOSER UNE LANGUE, AU CONTRAIRE

Je suis d’origine germanophone et habite depuis plus de cinquante ans la commune de Plombières. Ayant fréquenté l’enseignement germanophone fin des années 1940, début des années 1950, je peux assurer Monsieur Fonteyn (lire le  » Vu de Flandre  » du 19 novembre) que, dans la cour de récréation, tous les élèves parlaient l’allemand ou le patois et qu’une grande partie des cours était en allemand. Pourquoi prétendre le contraire et ainsi mentir de manière délibérée ? […]

Certes, les germanophones ont dû défendre leur langue et leur culture avec courage, obstination et persévérance, mais cela toujours sans agressivité et arrogance envers les autres. Les communes germanophones sont  » à facilités  » avec l’accord de tous et cela n’a nullement amené une francisation de la région, au contraire. […]

En effet, la commune francophone de Plombières est limitrophe avec la Communauté germanophone, avec les Fourons, mais aussi avec les Pays-Bas et l’Allemagne. La population plombimontoise est composée de Plombimontois d’origine, de Wallons, de germanophones, de Néerlandais, d’Allemands et de quelques Flamands. Cette cohabitation se passe sans gros problèmes, l’administration communale accueille chacun dans sa langue, ce qui est la politesse la plus élémentaire si l’on veut vivre ensemble. La rencontre des trois Communautés et des trois pays est parfaitement assurée au niveau des personnes par la commune de Plombières. Parmi nos nombreux voisins, nous ne craignons que nos amis flamands – et l’article de M. Fonteyn le justifie parfaitement – sûrs de leur supériorité, ce sont les seuls qui ont l’outrecuidance de venir  » foutre le bordel  » dans notre belle commune.

Peu importe les personnes, pour un nationaliste flamand, c’est naturellement seul le  » sol  » qui compte, d’où la proposition de  » corridor « , notion très utilisée au xixe et au début du xxe siècle par les nationalistes de tout bord. Un  » corridor  » sans doute cogéré par Messieurs De Wever, Van Rompuy et Broers, bourgmestre de Fourons. Et la population plombimontoise, pourtant contre ce  » corridor « , n’est naturellement que quantité négligeable pour l’impérialisme flamingant !

Les communes de Plombières ainsi que celle de Welkenraedt et de Baelen qui partagent la même histoire, le même statut et le même  » platt  » pourraient peut-être intéresser nos amis flamands. Par sa situation, la région a toujours été plurilingue, sans que le  » sol  » s’en offusque. Les actes officiels étaient rédigés indifféremment en français, en allemand, voire en patois. Avant la guerre 14-18, l’allemand et le français étaient enseignés. Après, la population a décidé de clairement donner la priorité au français. Ensuite, pendant les trente années suivant la guerre 40-45, l’allemand a complètement disparu de l’école. Ceci montre que la force ne peut imposer une langue, bien au contraire !

Il en est de même à Bruxelles et sa périphérie, où, après des décennies de coercition et de tracasseries de la part des autorités flamandes, on n’a jamais parlé si peu le néerlandais. En démocratie, on ne parvient pas à imposer une langue par la force. Il faut faire aimer la langue et les gens qui la parlent ! […]

Il n’est pas donné suite aux lettres ouvertes ou portant des adresses incomplètes. La rédaction raccourcit certaines lettres pour permettre un maximum d’opinions.

Je répète que je n’avais nullement l’intention de proposer la modification de la frontière linguistique, même pas sous la forme de la création d’un corridor. J’ai essayé de relativiser les choses : tout le contentieux communautaire. Dans le dernier paragraphe de ma chronique, j’indique explicitement que les contacts de part et d’autre de la frontière linguistique se sont améliorés, et cela vaut sûrement aussi pour Plombières.

Guido Fonteyn

Hubert Franzen, par courriel

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