La carte des électeurs congolais était belge

Vincent Genot
Vincent Genot Rédacteur en chef adjoint Newsroom

Plus de 25 millions de Congolais ont participé au référendum du 18 décembre dernier. Ce succès de participation est dû en partie à des kits informatiques développés par une société bruxelloise

(1) Kits et cartes, un film de Philippe Dutilleul sera diffusé sur la Une (RTBF) le mardi 17 janvier vers 21 h 30 dans le magazine Vu d’ici.

Pour organiser des élections libres et diminuer les risques de fraude, il est nécessaire de posséder, au minimum, une liste des électeurs potentiels. Dans un pays comme le Congo qui n’a plus connu de recensement depuis quarante ans, établir une telle liste est une gageure. Pour relever le défi, la Commission indépendante congolaise chargée des opérations électorales a lancé un appel d’offres international pour trouver une solution rapide et efficace. Pour 44 millions de dollars, c’est Zetes, une société bruxelloise spécialisée dans l’authentification électronique (fournisseur principal de la carte d’identité électronique chez nous), qui avait décroché le contrat en mai 2005.

Pour réussir l’opération de recensement, la société belge a mis au point un kit informatique comprenant un ordinateur portable, une imprimante (dédiée à l’impression des cartes d’électeur et des listes électorales), une caméra numérique, un scanner d’empreintes digitales et une batterie capable de fournir une autonomie de dix heures de travail (elle est rechargeable par un générateur à essence).  » Dans ce projet, nous avons éprouvé deux grandes difficultés : l’environnement et le délai, explique Michel Poullet, de Zetes. Nous n’avons eu que huit semaines pour assembler les 10 000 kits. Comme ceux-ci sont composés d’une imprimante HP, d’un portable Dell et d’un scanner Nec, cela a exigé un difficile travail de jonglage avec nos fournisseurs et les sous-traitants. Après leur montage et leur sécurisation, à l’aéroport d’Ostende, dans des caisses résistant aux chocs, les kits ont été acheminés à Kinshasa dans 6 Boeing. Les 10 000 groupes électrogènes nécessaires à leur fonctionnement autonome ont directement été livrés depuis la Chine.  »

Comme le montre Kits et cartes, un excellent reportage qui sera diffusé sur la Une le 17 janvier prochain (1), la répartition des kits dans les différentes régions du Congo se révéla parfois épique. Si la logistique fut principalement assurée par les véhicules de la Monuc, c’est parfois en pirogues que les précieuses caisses ont rejoint les bureaux de recensement.  » Sur place, poursuit Michel Poullet, nous avons formé 5 000 techniciens chargés de la maintenance et 20 000 personnes pour la saisie des données.  » Après l’interview et l’identification des électeurs, ces opérateurs étaient chargés d’enregistrer directement dans les ordinateurs les informations administratives (nom, lieu et date de naissance, sexe, noms du père et de la mère, territoire d’origine, etc.). Ensuite, grâce à la caméra numérique et au scanner, la carte d’électeur (qui fait également office de carte d’identité provisoire) comprenant la photo et les empreintes digitales était imprimée et remise immédiatement aux citoyens. A la fin de la journée, chaque bureau de recrutement affichait la liste des électeurs nouvellement inscrits afin de permettre d’éventuelles réclamations. Contre toute attente et dans un délai extrêmement court, cette procédure assez simple a permis d’enregistrer 25 millions d’électeurs sur un potentiel estimé à 28 millions. Maintenant que les opérations d’enrôlement sont terminées et que le référendum s’est révélé un véritable succès, que devient tout ce matériel informatique haut de gamme ?  » Les kits ont été achetés par les Nations unies afin de doter la République démocratique du Congo (RDC) d’un outil d’enregistrement, rappelle Michel Poullet. Il appartient à cette organisation de lui trouver une nouvelle fonction. Ils pourraient, par exemple, servir à un référencement complet de la population de RDC.  » En attendant, certains éléments des kits se vendent déjà en seconde main dans les rues du pays.

Vincent Genot

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