La Bruyère a-t-elle lancé la mode du  » troc énergétique  » ?

 » Producteur privé d’électricité échange rente éolienne annuelle contre installation solaire photovoltaïque pour bâtiments communaux.  » Telle est la petite révolution que vient de lancer la commune de La Bruyère (Namur). Une initiative qui devrait intéresser d’autres entités…

Du vert qui fait du vert « , c’est le credo du bourgmestre de La Bruyère, Robert Cappe (MR), qui vient d’inaugurer avec la société Air Energy une forme d’échange jusqu’ici inusitée en Wallonie, mais aussi probablement en Belgique. La Bruyère est une jolie commune rurale située à un souffle de vent de Namur. Forte de 8 800 habitants, elle connaît une croissance démographique exponentielle ces dernières années,  » avec une intégration harmonieusement réalisée au travers des écoles et des activités sportives « , précise l’édile. De son côté, Air Energy, société privée créée à Gembloux il y a dix ans, est spécialisée dans l’élaboration de projets éoliens. Elle a été reprise voici trois ans par le groupe Eneco. Ce producteur néerlandais d’énergie alimentait jusqu’ici les gros consommateurs (industrie et PME), mais il a décidé de se lancer en août prochain dans la livraison d’électricité aux particuliers, notamment belges. Entendez une électricité verte, exclusivement basée sur l’éolien, le solaire et la biomasse.

Rente éolienne

En 2009, Air Energy a mis en production 5 éoliennes implantées à Warisoulx, dont 3 sur le territoire de La Bruyère. En échange, le producteur s’est engagé à verser à la commune une  » rente éolienne  » annuelle pendant les vingt années de fonctionnement des moulins. C’est, en effet, la durée du permis accordé jusqu’ici.

L’idée originale qui a jailli à La Bruyère est de convertir cette rente annuelle en une installation solaire photovoltaïque de 380 mètres carrés susceptible de fournir l’électricité nécessaire au fonctionnement de 6 bâtiments communaux : l’hôtel de ville, les écoles de Rhisnes, Meux, Emines, l’ancienne bibliothèque et la nouvelle.  » L’objectif, explique le bourgmestre, est d’être autosuffisants. Non pas en temps réel car nous ne maîtrisons pas l’ensoleillement, mais de mettre en équilibre la balance entre notre production et notre consommation d’électricité sur l’année. D’atteindre, en quelque sorte, une autosuffisance à laquelle s’ajouteront bien évidemment les certificats verts. « 

Si Miguel de Schaetzen, CEO de Air Energy, pratique volontiers la langue de bois concernant le montant annuel de la rente éolienne allouée aux communes – et singulièrement celle prévue pour La Bruyère – les chiffres murmurés oscillent entre 3 000 et 5 000 euros par an et par machine, ce qui représenterait au maximum une quinzaine de milliers d’euros pour le budget de La Bruyère.

 » Des cacahouètes « , souffle-t-on du côté de la commune où le deal passé avec Air Energy apparaît donc comme une opération rentable sur vingt-cinq ans au moins puisque telle est la durée de vie estimée des panneaux photovoltaïques.

D’autres communes approchées

Pas question non plus, pour Air Energy, de chiffrer l’investissement que représentent les 380 mètres carrés de panneaux installés à ses frais. Mais les chiffres, de toute façon, seraient tronqués puisque c’est Ecostream, une filiale du groupe Eneco au même titre qu’Air Energy, qui se charge de l’installation desdits panneaux.

Par contre, Miguel de Schaetzen ne cache pas que cette  » première  » va être largement utilisée pour démarcher d’autres communes.  » Notre groupe a de grandes ambitions et se veut cohérent en suivant toute la chaîne, depuis la production jusqu’au consommateur, en offrant à celui-ci des garanties. Qui prouve que l’énergie verte achetée par ce consommateur auprès de son fournisseur est bien de l’énergie verte ? Avec notre proposition, les gens voient concrètement ce qu’il en est. « 

Quelles sont les communes démarchées ? Là aussi, le producteur se montre peu disert, mais on peut penser que les  » cibles  » pourraient se trouver parmi les communes où Eneco se prépare à implanter de nouvelles machines à vent de 2 MW, à savoir Ciney (3 unités), Gouvy (5) et deux entités flamandes. Et comme la société possède aussi de nombreuses turbines sur les territoires de Perwez, Marbais, Gembloux, Pont-à-Celles et Fosses-la-Ville, pourquoi ne pas imaginer, là aussi, des arrangements de type  » La Bruyère  » ?

Quoi qu’il en soit, l’opération pourrait faire des jeunes dans la commune également, puisque on y évoque l’implantation éventuelle de 3 à 5 machines supplémentaires. Avec le même opérateur ?  » Des négociations sont en cours « , glisse un mandataire communal qui précise (et cela vaut son pesant d’euros) :  » Cette fois, les éoliennes seraient installées sur des terrains communaux, ce qui nous permettrait de toucher également les indemnités relatives à la location du sol. « 

Une double rentrée, donc, puisque, dans le parc voisin de Warisoulx, ce sont des agriculteurs qui touchent ce loyer… –

FRANCIS GROFF

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