La bonne voix

Après que le pire a croisé le meilleur, douze finalistes plus qu’honorables se dégagent du lot. Parmi lesquels quelques talents fabuleux et deux Belges. Une bonne cuvée

L’organisation du concours est telle que, deux jours après le début des finales, le public aura encore l’occasion d’entendre tous les douze finalistes… Il y a de bonnes raisons à cela : le répertoire du chant est vaste ; Monteverdi n’implique pas le même environnement que Mozart ou Puccini; l’instrument des chanteurs demande certains égards (pas question, comme pour le piano ou le violon, de fournir des prestations d’une heure et demie) ; deux orchestres distincts û The Academy of Ancient Music, dirigé par Paul Goodwin pour la musique ancienne, et l’Orchestre symphonique de la Monnaie, dirigé par Marc Soustrot pour la musique composée après 1750 û sont en charge d’accompagner les chanteurs ; et ceux-ci se produisent deux fois, à deux jours d’intervalle…

Critères en question

Pléthore de candidats û toutes défections comptées, ils étaient 106 sur la ligne de départ û ne fera jamais le printemps sans de sévères critères d’inscription. Or, cette année, par un souci louable de transparence, le concours û un des plus prestigieux du monde û fut ouvert au tout venant :  » Un candidat capable de souscrire aux exigences vocales, musicales et techniques requises par le programme est forcément un candidat valable.  » Avec un hic : n’importe qui peut aligner quinze airs du répertoire, y compris les plus acrobatiques de la Reine de la Nuit, sur une feuille de programme, mais cela ne veut pas encore dire qu’il sait les chanter ! On a donc subi au premier tour des prestations troublantes û ânonnées, scolaires, pathétiques û de candidats de niveau d’académie (et qui n’iront jamais plus loin), dont une bonne demi-douzaine de Belges débarqués sans diplôme, sans recommandation et sans expérience. Un soulagement à la gêne : les éminents membres du jury du premier tour û cinq directeurs d’opéra (Foccroulle, Grinda, Clémeur, Mortier, Dorny), deux grands chanteurs internationaux (José Van Dam et Hilda De Groote)et le président du jury, (Arie Van Lysbeth) û étaient tous belges. On était quand même en famille ! Cela n’a pas empêché le sauvetage de candidats perdus d’avance et l’éviction de quelques grands talents, décisions d’autant plus difficiles à comprendre que, contrairement au règlement habituel, les décisions étaient le fruit de choix concertés et non d’additions aveugles. Cela n’a pas empêché non plus de maintenir le chiffre de 36 demi-finalistes (et non 24, selon la règle), toujours pour laisser leur chance au plus grand nombre, compte tenu des aléas propres à la discipline, dont la fragilité de la voix, la brièveté des prestations ou encore l’impact de l’accompagnement. Sur la question des accompagnateur(trice)s, on pourrait d’ailleurs écrire un roman, avec autant de décorations que de meurtres à la clé…

Au terme du second tour, ils sont douze qui, depuis le mercredi 12 mai, défendent leur art et leur titre. Parmi eux, deux Belges, le baryton Lionel Lhote et la basse Shadi Torbey. A l’un comme à l’autre, on peut appliquer la phrase de Walter Legge, parlant de son épouse, Elisabeth Schwarzkopf :  » La première qualité d’une voix est qu’elle soit personnelle et immédiatement reconnaissable « .

Si, par sa musicalité, sa prestance et son jeu, Lhote s’inscrit dans la tradition du monde lyrique dont il est issu, Torbey, de quatre ans son cadet, laisse entrevoir une nature plus complexe : loin de se laisser porter par la beauté exceptionnelle de sa voix, il impose toujours à celle-ci un détour du côté de l’esprit, la soumettant, au besoin, à quelque obscure stratégie intellectuelle ou esthétique. Ses personnages sont sombres, comme sa voix, mais il y brille un regard vert, transparent, énigmatique.

Quant aux autres favoris, autant se jeter à l’eau : à elle seule, et quel que soit le classement, la présence de la mezzo moldave Diana Axentii justifie toute la session…

Martine D.-Mergeay

 » La première qualité d’une voix est qu’elle soit personnelle et immédiatement reconnaissable » disait Walter Legge à propos de son épouse

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