La Belgique en avance

Le baromètre de la Banque nationale de Belgique est souvent en avance de trois mois sur l’état de santé de l’économie européenne. Si cela se confirme une fois de plus, les mois qui s’annoncent vont manquer de couleur !

L’art de la prévision économique est délicat et ceux qui s’y adonnent ont été régulièrement pris en défaut ces derniers temps. Alors que de nombreux conjoncturistes tablaient sur une reprise économique en Europe au début de 2002, l’échéance avait été reportée à la fin de 2002. Puis on fut bien obligé d’envisager le redémarrage pour la fin 2003. Encore raté ? Certains, en tout cas, n’hésitent plus désormais à évoquer le début 2004.

Le brouillard est donc total. Pourtant, un indicateur pourrait mettre tout le monde d’accord. Et il est belge. C’est le baromètre de conjoncture de la Banque nationale de Belgique (BNB). Il est le fruit d’une enquête mensuelle dans le royaume parmi un échantillon de dirigeants d’entreprises manufacturières, de la construction, du commerce et des services aux entreprises. Les managers interrogés répondent à des questions sur l’évolution de l’activité : niveau de la production, commandes nationales et internationales, évolution des stocks…

Or la banque américaine Goldman Sachs a mis en évidence, en 1999, une relation statistique entre le produit intérieur brut (PIB) belge et la production industrielle des cinq principaux pays de l’Union européenne : en fait, l’état de l’économie belge constitue un indicateur avancé de l’état de santé de l’économie européenne ! En effet, les autres pays de la zone euro suivent, en moyenne et avec environ un trimestre de retard, l’évolution de l’économie belge, tant à la hausse qu’à la baisse. Depuis, des chercheurs belges ont confirmé cette découverte et ont relevé l’existence de la corrélation depuis le début des années 1980….

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce phénomène.

1. L’économie belge est très ouverte : ses exportations représentent pas moins de 82 % de son PIB contre 23 % pour la France, 57 % pour les Pays-Bas et 30 % pour la moyenne européenne. Les Etats-Unis ne sont qu’à 8 %. De plus, 78 % de nos biens exportés le sont vers l’Europe, renforçant ainsi le caractère prévisionnel de l’indice. Tout frémissement de l’économie de nos grands partenaires européens aurait par conséquent un impact direct sur notre activité.

2. Notre industrie est spécialisée dans la production de biens intermédiaires (biens échangés entre entreprises) comme les matériaux de construction (ciment, verre…), le bois, l’acier, les produits chimiques, qui voient leur demande progresser avant celle des produits finis (équipements ménagers, télévision, automobiles…), spécialités de nos partenaires commerciaux.

3. L’économie de notre pays se caractérise par un nombre important de petites et moyennes entreprises dont les directions sont très sensibles à l’évolution de l’activité au quotidien.

Autant d’éléments qui permettraient aux entreprises belges de sentir la direction du vent européen avant même qu’il se mette à tourner.

Que nous apprennent les relevés de l’indicateur de la BNB pour le mois de mars ? Après un mois de février en hausse, l’indice a connu une forte baisse due en grande partie à la chute de nos exportations et à une hausse des stocks, signes que la demande se fait plus rare et que le marasme semble se diffuser à toute l’Europe. Pour ce qui est des chefs d’entreprise, le moral est en baisse.

Le rebond espéré de l’activité pour les prochains mois au niveau européen ressemble donc de plus en plus à une chimère. D’autant que l’enquête à été réalisée avant le début de la guerre en Irak. Les prochains mois pourraient révéler des surprises particulièrement désagréables… l

Pierre Samain (Budget Hebdo)

Anne-Marie Pirard

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