» Ken « , l’homme de Londres

Le travailliste Ken Livingstone vient d’être réélu maire de Londres. Derrière l’image d’un idéologue gauchisant se cache un homme politique rusé et opportuniste

La plupart des gens l’appellent  » Ken « , et il adore ça. Maire de Londres depuis 2000, reconduit la semaine passée, Kenneth Robert Livingstone cultive son image de politicien atypique. Il feint de détester les mondanités et se réjouit qu’on rabote un peu son encombrant prénom. Adepte des transports en commun, il aime aussi flâner dans les rues de la capitale britannique. Souvent, des passants le saluent, il leur sourit à son tour. Ken Livingstone a d’ailleurs toutes les raisons d’exulter : alors que le parti travailliste s’effondrait partout ailleurs, il vient d’être réélu sans encombre dans la capitale anglaise. Une constatation amère pour le Premier ministre Tony Blair, qui rêvait il n’y a pas si longtemps de s’en débarrasser.  » Il y a eu deux figures politiques majeures en Grande-Bretagne au cours des vingt dernières années : Blair et Thatcher. Les deux ont essayé de m’écraser, les deux ont échoué « , ricane Livingstone. Il y a quatre ans, il était exclu du Labour pour s’être présenté face au candidat officiel des travaillistes. Tony Blair prédisait que son mandat à la mairie de Londres serait un  » désastre « . Mais, devant la popularité du gaillard, il a dû faire marche arrière. En janvier dernier, il lui a rendu sa carte de parti.

Fils d’un marin et d’une ouvreuse de cinéma, Ken Livingstone est né en 1945. A 17 ans, il quitte le collège professionnel où il est inscrit pour devenir technicien dans un hôpital. Très vite, il décide cependant de se consacrer entièrement à sa passion pour la politique. De 1981 à 1986, il est à la tête du Greater London Council, un organe de gestion de la capitale. En 1987, il devient député. Les apparatchiks du parti travailliste se méfient de lui, mais les militants l’adorent. Et il est soutenu par les groupes de rock Oasis et Blur.  » Comme nombre d’autodidactes, c’est un lecteur vorace et éclectique qui pioche des idées partout, dans les guides de management aussi bien que dans les ouvrages sur l’histoire du Moyen-Orient « , remarque le quotidien The Independent.

Un chien qui n’a pas mordu

Pour administrer la capitale la plus riche d’Europe, une agglomération de 7 millions d’habitants d’où la misère n’est toutefois pas absente,  » Ken le rouge  » a mené une politique centriste. Selon les occasions, il drague les chefs d’entreprise, les écologistes ou les militants syndicaux. Du bluff ? Pas seulement, car l’homme s’appuie sur une énorme capacité de travail et une véritable écoute des acteurs de terrain. Avec, en plus, un goût très prononcé pour les mesures spectaculaires. La plus controversée d’entre elles fut d’instaurer un péage à l’entrée de Londres. Chaque automobiliste désireux d’entrer dans le centre-ville doit désormais s’acquitter d’une taxe de 5 livres par jour (l’équivalent de 7,5 euros). Les résultats ne se sont pas fait attendre. En un an, le trafic de voitures a baissé de 30 %, tandis que le nombre de bus et de taxis a augmenté de 20 %. Pour les quatre ans à venir, il lui reste encore au moins deux combats symboliques à mener : obtenir l’organisation des Jeux olympiques en 2012 et chasser les escadrilles de pigeons qui envahissent Trafalgar Square. Jusqu’à présent, en dépit d’une guérilla acharnée contre les vendeurs de graines, le maire n’a toujours pas réussi à venir à bout de ces  » rats ailés « .

Personnage fantasque, Ken Livingstone possède toute une collection de tritons vivants. Provocateur, il a déclaré qu’il rêvait de voir la famille royale saoudienne pendue à des lampadaires.  » Le capitalisme tue chaque jour plus d’êtres humains que Hitler « , a-t-il lancé une autre fois. Il y a quelques années, le journal populiste The Sun le sacrait  » Britannique le plus détesté « . Mais le bouillant Ken s’est depuis lors assagi. Lors du défilé du ler mai, il a qualifié les manifestants de  » casseurs « . Très copain avec l’ancien maire de New York Rudolph Giuliani, il lui a emprunté le concept de zero tolerance. Sous son règne, le nombre de policiers est ainsi passé de 4 500 à 30 000. Ken Livingstone ?  » Un chien qui n’a pas mordu « , ironise The Guardian.

François Brabant

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