Olivier Van Vaerenbergh
Olivier Van Vaerenbergh Journaliste livres & BD

Pas facile, la vie de  » mook  » belge : Karoo s’est replié sur le Web après deux numéros de son semestriel, et Médor a failli ne jamais être lu !

La Belgique francophone, pour petit que soit son territoire, est une terre fertile en  » mooks « .  » Mook  » : le terme est la contraction de  » magazine  » et  » book  » et il désigne ces revues très qualitatives, très graphiques et au rythme de parution parfois très lent qui fleurissent depuis quelques années, autant comme alternative à la presse dite classique qu’en réaction à la junk news qui pullule sur le Net. En France, Schnock, XXI, La Revue Dessinée ou Feuilleton sont désormais bien installés. Mais l’année 2015 restera pour les Belges francophones à la fois précaire et enthousiasmante. Ainsi 24 h 01,  » revue belge de grands reportages et magazine sans pub  » a sorti son cinquième numéro en octobre et semble prendre racine, au contraire de Karoo,  » magazine de critique et de créations culturelles « , lui-même émanation de la revue littéraire Intentions, mais qui après deux numéros semestriels en 2014, semble s’être déjà et peut-être définitivement replié sur le Web et sur sa plate-forme participative, où de nombreux jeunes s’essaient à la critique culturelle, cette fois dans tous les domaines. Le papier et sa distribution seraient-ils devenus définitivement trop chers et trop lourds à porter ? Ce n’est pas l’avis des fondateurs de Médor, nouveau trimestriel branché enquêtes et slow journalism dont la sortie du premier numéro, initialement prévue en octobre, a pourtant failli ne jamais se faire.

Médor sorti de sa niche

Médor,  » trimestriel coopératif belge d’enquêtes et de récits  » a pris le temps de sa gestation – plus de trois ans pour imaginer une nouvelle structure sans hiérarchie, de nouveaux moyens de produire de l’info en rétribuant justement ses collaborateurs, lancer un financement, débaucher plus de 2 000 abonnés sur précommande, organiser sa propre distribution – mais ne pensait pas connaître une naissance aussi chaotique : le jour même de sa sortie, et alors que les cartons étaient déjà chez les libraires, la société pharmaceutique Mithra obtenait d’un tribunal l’interdiction urgente et temporaire du Médor n°1. Motif ? Une enquête sur des risques financiers non déclarés avant son entrée en Bourse. Il aura fallu attendre ce 1er décembre pour que le tribunal de première instance de Namur en décide autrement, et réaffirme l’interdiction de la censure en Belgique. Le croche-pied, devenu joli coup de pub, devrait assurer un solide démarrage à cet ambitieux mook d’investigation qui nous promet de garder  » les yeux ouverts  » et de la jouer franc-jeu, comme le font ses 19 fondateurs dans leur éditorial:  » Nous avons les moyens de vivre un an. Nous ne pouvons pas promettre la réussite de l’entreprise. Mais personne ne pourra dire qu’on n’aura pas essayé.  »

Olivier Van Vaerenbergh

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