Juvet juvénile

 » Où sont les femmes ?  » se demandait l’artiste, il y a vingt-cinq ans. Mais toujours sur scène, pardi !

En 1978, n°1 dans 15 pays, dont les Etats-Unis, I love America casse la baraque.  » D’habitude, je rentre en scène avec cette chanson. Aujourd’hui, pour des raisons politiques, je ne la sens plus…  » La peau un peu flasque sous les coudes, les cheveux blonds moins longs et moins fournis qu’au temps du disco, des limousines et de l’argent facile, Patrick Juvet, grande sauterelle au regard doux, porte les mêmes vilains godillots qu’à TF1, quelques jours plus tôt, lors d’une émission consacrée à Clo-Clo. Née à Montreux (Suisse), auteur compositeur interprète de vrais tubes et de ballades fleur bleue, la star aura 53 ans le 21 août. Ce samedi soir, ses beaux sourires, qui dessinent des pattes d’oie au coin des yeux, s’adressent d’abord au public trépignant de l’autre côté des coulisses, dans le complexe sportif d’Evere, dont il prononce le nom comme les anglophones disent ever

Trente ans de carrière, de strass et de paillettes, avec des hauts très hauts et des bas très bas û qui font dire à une groupie que  » Patrick a tout essayé, sauf la dynamite… « . L’intéressé s’est sans nul doute assagi :  » Désormais, je vis à Barcelone. Je n’y suis pas trop connu, l’aéroport est proche et tout coûte moins cher. Je croyais que l’Espagne était bonne pour les vacances de blaireaux. J’ai changé d’avis.  »

Et passer de l’Olympia aux bals communaux ? Peu lui chaut :  » Moi, je suis issu d’un milieu populaire, que je ne renie pas. Ces gens-là me mettent tout de suite à l’aise.  » Et le voilà parti, sans brusquerie, comme un brave soldat qui connaît sa mission, à l’assaut de ses fans, mélange de générations qui ont,  » comme les lecteurs de Tintin, entre 7 et 77 ans « , pense-t-il.

A y regarder de plus près, la fourchette, cette nuit, englobe plutôt les 5-55. Des bambins ont été posés sur la scène, par leurs mères fascinées, celles-là mêmes qui gazouillaient les mélodies du chanteur, sur leurs tourne-disques, quand elles n’avaient pas 10 ans. Mais il est chouette, Juvet. Il semble les aimer toutes, ces femmes, parce que ses goûts le poussent sans doute à n’en aimer aucune. Il montre beaucoup de tendresse, ni feinte ni enflée, pour une grosse dame à lunettes qui lui tend désespérément les doigts. Et ce n’est pas la plus belle qu’il invite à monter sur l’estrade, pour danser un instant dans ses bras. Une deuxième privilégiée ne résiste pas à poser ses mains (à elle) sur ses fesses (à lui) : victime d’une agression féminine caractérisée dont il a sans doute l’habitude, Juvet se dégage poliment de l’étreinte. Bientôt, c’est tout le podium qui se couvre d’admiratrices. Mystère absolu du désir. Car que font-elles, en vérité, ces filles vieilles, jeunes ou impubères, amourachées d’un quinquagénaire pas le moins du monde sensible à leurs charmes ?  » Je vous l’avais dit, hein, c’est incroyable, non ?  » lâche-t-il dans un rire heureux, en regagnant sa loge, ébouriffé et étonné par la pérennité de ses rengaines, qu’il taxe sans honte de chansons à mi(di)nettes… V.C.

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