Jo Vandeurzen :  » La réinsertion des détenus est actuellement impossible « 

Construire quelque 1 500 nouvelles cellules, n’est-ce pas aborder le problème à l’envers ? Ne vaut-il pas mieux réduire le nombre de détenus dans les prisons ?

Vous avez raison. Dans ma note de politique générale, je souligne la nécessité de développer les mesures alternatives à l’incarcération. Il faut permettre aux juges de choisir des réponses différentes. Je suis aussi déterminé à enfin sortir les internés ( NDLR : jugés irresponsables de leurs actes) de prison pour les placer dans des centres de défense sociale. Le problème de la surpopulation subsistera quand même. Cela s’est vérifié par le passé.

Mais la capacité d’accueil a augmenté de 50 % en vingt-cinq ans. N’est-ce pas suffisant ?

Des surveillants de toute l’Europe ont récemment manifesté pour dire que les conditions de travail et de sécurité étaient intenables en prison. Sur les 32 établissements belges, les deux tiers datent du xixe siècle. Des centaines de cellules n’ont pas de sanitaires. Dans les conditions actuelles de surpopulation et de vétusté des infrastructures, la réinsertion sociale des détenus est impossible.

En 1996, le ministre de la Justice Stefaan De Clerck, CD&V comme vous, a clairement dit qu’il ne servait à rien d’augmenter la capacité carcérale. Qu’est- ce qui a changé en douze ans ?

La réalité, partout en Europe. En Belgique, nous avons dépassé le cap des 10 000 détenus en 2007, alors que des mesures alternatives existaient déjà.

Construire 1 500 cellules, cela coûte très cher. Comment les financer ?

Je ne sais pas s’il s’agit de 1 500 cellules. Je ne peux avancer aucun chiffre : je ne suis pas le seul ministre impliqué dans ce projet. Il faut l’accord de la Régie des bâtiments, du ministre du Budgetà De toute façon, cet investissement se fera sur la base d’un plan pluriannuel.

Envisagez-vous un partenariat privé-public ?

Uniquement pour les infrastructures.

Et pour les services de base dans les établissements pénitentiaires ?

Pour moi, ces tâches, liées à la sécurité, doivent rester dans la sphère publique.

Avec un tel plan, vous apparaissez comme un ministre sécuritaire. Est-ce délibéré ?

Mon attitude est davantage celle d’un manager. Dans ce pays, on attend toujours un incident pour réagir. Moi, je veux agir avant qu’il n’y ait de nouveaux incidents. Ce n’est pas pour être sécuritaire. La question est : comment régler de manière globale le problème de la surpopulation carcérale ? C’est tout.

Quand on augmente la capacité d’accueil des prisons, les juges sont tentés de les remplir. N’est-ce pas un appel à davantage de répression ?

Ce n’est pas exact. Regardez ce qui s’est passé aux Pays-Bas. Les autorités ont construit davantage de prisons pour lutter contre la surpopulation. Résultat : aujourd’hui, il y a une sous-population de 20 % !

Comptez-vous agir pour réduire les détentions préventives ?

Je suis prêt à avoir un débat sur la question. Il existe plein d’autres pistes, comme la surveillance électronique. Mais il faut voir si elles sont acceptables. Je ne veux pas prendre à la légère des dé- cisions pour les années à ve- nir.

Votre programme n’est pas si éloigné de la voie empruntée, juste avant vous, par Laurette Onkelinx. Le CD&V l’a pourtant fort critiquée dans l’opposition ?

Nous n’avons pas critiqué Laurette Onkelinx pour tout. Nous avons, par exemple, approuvé sa réforme sur la protection de la jeunesse. Pour le reste, nous appliquons des réformes que nous prônions lorsque nous étions dans l’opposition.

Entretien : Thierry Denoël

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