» J’ai reçu une balle dans le dos « 

Un Daniel Ducarme intimiste ouvre ses comptes. Il dit avoir payé le juste impôt. Si tous les siens l’avaient soutenu, il n’aurait pas démissionné

(1) Daniel Ducarme règle ses comptes, entretiens avec Pascal Vrebos. Luc Pire.

Vingt-trois mois après sa démission retentissante du poste de ministre-président de la Région bruxelloise, le libéral Daniel Ducarme est sorti de l’ombre. A travers un livre (1) qu’il a présenté à la presse, le mardi 10 janvier, il réussit la  » prouesse  » de se profiler en victime du fisc. Ducarme sort sa calculette et exhibe des documents. Le moment est opportun. Pour deux raisons. 1. Son contentieux avec l’administration fiscale semble clos. 2. Les élections communales auront lieu dans neuf mois : l’ancien bourgmestre, ministre et président de parti ne veut pas rater l’occasion d’obtenir sa rédemption auprès des électeurs. A Schaerbeek.

Les embarras fiscaux de Daniel Ducarme ont commencé en 1999. A l’époque, ils étaient restés dans la sphère privée. En 2003, puis en 2004, des fuites dans la presse en ont décidé autrement. On lui reprochait de ne pas avoir introduit ses feuilles d’impôt et d’avoir laissé gonfler une dette fiscale évaluée à 265 000 euros. Le 12 février 2004, le chef du gouvernement bruxellois a alors jeté l’éponge. Poussé dans le dos par certains membres de son propre parti.

Aujourd’hui, Ducarme règle donc ses comptes avec son passé d’étoile politique déchue. Le  » juste impôt  » qu’il dit avoir accepté et payé est de 111 930 euros et 95 cents. L’homme politique reste évasif sur les griefs qui lui étaient reprochés : un contentieux portant sur ses revenus professionnels, sur les rentes alimentaires payées à ses fils et sur les avantages en nature liés à sa fonction, semble-t-il. D’après Daniel Ducarme, quatre recours engagés avant sa démission lui ont permis de réduire sensiblement la note. Ducarme en prend argument pour déclarer qu’il n’est pas un  » hors-la-loi « , ni un  » artiste  » ayant agi avec légèreté. Il nie avoir oublié de rentrer ses déclarations fiscales :  » J’avais moi-même décidé d’accepter une procédure de taxation d’office.  » Enfin, cet écorché vif nie toute intervention personnelle – en sa faveur – du ministre des Finances, Didier Reynders, son président de parti.

Pourquoi avoir démissionné, dès lors qu’une négociation avec le fisc était en cours ?  » J’ai été mordu dans ma meute « , lâche Ducarme. Il vise sans doute Hervé Hasquin et d’autres libéraux qu’il a juré de ne pas nommer. Resté député durant cette traversée du désert, Daniel Ducarme est davantage remonté contre les fonctionnaires des Finances qui l’auraient harcelé. Gonflé et démagogue, il s’érige en nouveau défenseur des contribuables livrés à l’arbitraire du fisc… !

Si l’ouvrage a le mérite d’établir une certaine clarté, il change brutalement de style lorsque le principal intéressé s’engage en campagne électorale et livre des détails intimes de sa vie privée, évoquant sans (fausse) pudeur sa tentative de suicide et sa lutte contre le cancer. Parce que l’homme public a déjà été livré à son insu à ce déballage gênant ? Il risque, en tout cas, de s’y exposer davantage encore.

Philippe Engels

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