Itinéraire d’un fils de Flandre

Didier van Cauwelaert a la rage d’écrire depuis ses 8 ans. Devenu un  » people  » au lendemain du prix Goncourt décroché en 1994, il n’a pas d’états d’âme à défendre son dernier livre, Cloner le Christ ?, face à Thierry Ardisson sur le sulfureux plateau de Tout le monde en parle et n’ouvre désormais plus qu’un dixième de son surabondant courrier. Pièces de théâtre, comédies musicales, BD… Ce touche-à-tout, reconverti récemment dans l’essai, fonctionne par empathie. Né à Nice voici quarante-cinq ans, d’origine anversoise, il  » adore être revendiqué par les Belges « . Tout comme il jubile quand les Lorrains, les Marocains ou les Marseillais, se retrouvant dans son roman Un aller simple (1994), proclament qu’il est un peu des leurs. Coquetterie de séducteur. Irrésistible besoin de plaire d’un enfant trop vite mûr, d’une tête de Turc, ou plutôt de Flamand, qui en a bavé à l’âge où d’autres croquent l’insouciance à pleines dents.

Même s’il avait appris ce baragouin flamand en autodidacte dans les manuels de néerlandais dépassés qu’on pouvait trouver sur la Côte d’Azur.

Car, bizarrement, ce rejeton d’une prestigieuse famille de Flandre n’a pas été bercé dans la langue de Vondel. Signe d’une déchirure. Le paternel de Didier est né en 1914, alors que, la même année, son père mourut à Verdun. Comme si cela ne suffisait pas, l’orphelin était rachitique. Pour accroître ses chances de survie, sa mère et sa grand-mère se sont établies à Nice, tournant la page anversoise. Dans son livre

(1993), le seul autobiographique,  » un souvenir précieux et douloureux « , Van Cauwelaert refait le voyage en sens inverse.

Mais la malédiction n’est pas qu’une composante romanesque. Le jour de la naissance de Didier, son avocat de père a eu un accident. Il en conserve une invalidité, se déplaçant avec des béquilles.  » Quand je serai en fauteuil roulant, je me tirerai une balle dans la tête « , a-t-il déclaré à son épouse. Didier a 7 ans quand il a entendu cette confidence. Il en a acquis un sentiment d’urgence, la conviction de devoir rapidement vivre de sa plume. S’en sont suivies treize années de vexations, de refus répétés de manuscrits par des éditeurs qui se méfient du jeune prodige.

Mais Van Cauwelaert a de qui tenir. Son père était déjà un conteur-né, cultivant la tradition orale ; un de ses lointains parents Frans, ministre catholique, célèbre bourgmestre d’Anvers, un tribun du Mouvement flamand. Les Van Cauwelaert recensent aussi un illustre missionnaire dans leurs rangs. Un arbre généalogique pareil, ça nourrit l’imaginaire…

D.K.

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