Illusions magiques

Coup d’éclat dans la saison du Xe anniversaire du collectif Théâtre en Liberté: La Grande Magie, d’Eduardo de Filippo, dense et drôle, mise en scène par Daniel Scahaise

Quel amoureux de théâtre ne fond pas de bonheur devant La Grande Magie, d’Edouardo de Filippo (1900-1984)? Shakespeare, Chaplin, Pirandello, Fellini et bien d’autres s’y donnent rendez-vous pour un fameux chaudron de sorcières! Ils tournent ensemble le commutateur d’une farce conjugale pour défier ensuite le vertige de l’illusion, suspendus entre vie et scène, réel et fiction, un petit théâtre que tout homme sécrète pour panser ses blessures et celles du monde…

Un prestidigitateur miteux faitdisparaître l’épouse d’un homme jaloux et, donc, cocu. En clair, la belle passe d’un sarcophage égyptien aux bras de son amant. Lorsque le mari réclame sa moitié, le magicien lui donne une petite boîte. Il suffit de l’ouvrir…mais l’homme doit avoir une foi totale en la fidélité et en la présence de sa femme, sinon il ne la reverra pas. Quatre ans plus tard, le mari serre encore la boîte dans ses bras. Et, lorsque la coquine revient, il lui préfère sa merveilleuse illusion sertie dans le coffret (bonheur ou torture du jaloux?). A ce tronc central se greffent une multitude de branches (et de personnages) qui font l’univers d’Edouardo de Filippo, sa manière scintillante de mêler jeu comique de haute tradition, métaphore de la scène (le fameux « quatrième mur » invisible qui sépare scène et salle), réalités sordides napolitaines d’après la guerre (la famille, la misère, la faim…) et envolées philosophiques, de la folie (de l’acteur et de l’homme) à la mort… On voudrait pouvoir citer toute la pièce, tant sa richesse fait surgir rire, émotion et réflexion.

Sur scène, entre voiles légers, mouvante frontière de la folie et de la raison, et chariot du prestidigitateur (Jean-Marie Fiévez), Daniel Scahaise a donné chair à La Grande Magie, oserait-on dire « simplement », ne masquant en rien un texte qui le fascine depuis longtemps et qu’il a choisi pour fêter les 10 ans de sa troupe Théâtre en Liberté. Car il y a, aux Martyrs, une troupe digne de ce nom, sans laquelle la Magie ne peut vivre: 18 comédiens sur le plateau, dans un rythme souple et cohérent sans excès de gags, capable de laisser les mots à leurs échos dans l’adaptation vivante de Paul Emond. Laissons le pavois à Bernard Marbaix (le magicien) et à Jaoud Deggouj (le mari), pathétiques dans une drôlerie organiquement nourrie, à Nicolas Ossowski, flic croustillant, à Christophe Destexhe, mandoliniste de charme et serviteur amer … du bonheur en grande magie!

Michèle Friche, Théâtre de la place des Martyrs, à Bruxelles, jusqu’au 1er mars. Tél.: 02 223 32 08

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