Il faut sauver le soldat  » santé « 

Faute d’une solide remise en cause de notre système de soins de santé, ce dernier va droit dans le mur. C’est ce que pronostiquent des experts.

On pensait que la sécu se portait mieux, grâce à des budgets en équilibre. On se réjouissait aussi d’entendre que des moyens importants allaient être alloués à la lutte contre le cancer et pour les maladies chroniques. Mais voilà qu’une étude, intitulée  » Quel est l’état de santé du système de santé en Belgique ? » et publiée ce 30 avril à l’initiative d’Itinera Institute (1), brise nos illusions. Selon ses auteurs, François Daue et David Crai-nich, malgré d’indénia- bles atouts, notre système de santé est en péril : sans riposte radicale, bientôt, ce colosse aux pieds d’argile s’effondrera. Avec ce risque de voir, notamment, sombrer le taux de couverture de la population par l’assurance maladie obligatoire, très élevé chez nous, la liberté de choix (du praticien, entre autres) laissée aux patients , et l’accessibilité du système, sa diversité et son principe de solidarité.

Elle est loin, bien loin, la période qualifiée de  » fleur bleue  » par François Daue, celle où, grâce à notre prospérité économique, tout était encore possible et payable ! Cet état d’opulence a pris fin en 1982.  » Depuis lors, souligne le Pr Marc De Vos, directeur général d’Itinera Institute, toutes les politiques se sont presque exclusivement construites autour d’une unique préoccupation : la maîtrise budgétaire.  » En clair, les partenaires concernés (mutuelles, médecins, hôpitaux…) se partagent une enveloppe financière et chacun se félicite si, lors du bilan annuel, on ne constate que peu ou pas de dérapage. Le problème ? Selon ce rapport, cette politique est vouée à l’échec. Car les besoins en soins de santé iront croissants.  » Toutes les études montrent en effet que les coûts liés à la santé vont littéralement exploser dans les années à venir « , poursuit le Pr De Vos. Il serait donc naïf d’imaginer que les deniers que l’Etat consacre ou acceptera de consentir à ce poste suffiront. Quant aux patients, ils sont, déjà, de plus en plus mis à contribution.  » En 1997, rappelle François Daue, ils réglaient 23,2 % de leurs soins et 27,7 % en 2005. Actuellement, on approche 30 %. « 

En conclusion, pour préserver les qualités de notre sécu, il faut, selon ces experts, sortir d’urgence de la logique budgétaire. On sait que se soigner coûtera forcément de plus en plus cher. Dès lors, ils suggèrent de réorganiser profondément notre système de soins et son financement, tout en se recentrant sur des objectifs de qualité ( voir l’encadré). Parmi les pistes : adopter une vision à moyen et à long terme et sortir de la logique du  » tout au curatif  » pour bâtir une politique de prévention plus énergique. Une petite révolution, plutôt qu’un inévitable grand chaos ?

(1) Selon sa définition : un  » think-tank  » et  » do-tank  » indépendant pour une croissance économique et une protection sociale durable.

Pascale Gruber

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