hommes/femmes, le combat inégal

Les hommes vivent moins vieux que les femmes. Leur style de vie y est pour beaucoup. Tout comme leurs négligences en matière de prévention. Mais comment leur faire comprendre qu’il n’y a aucune honte à s’occuper de soi?

Les derniers chiffres datent de 2000 mais ils sont sans appel: en Belgique, les femmes vivent toujours plus longtemps que les hommes, avec une moyenne de 81 ans contre 75. Six années de différence! Six années « gâchées », non seulement en raison de maladies qui touchent davantage les hommes que les femmes mais, aussi, parce que les hommes adoptent des comportements à risques ou négligent leur santé. Selon des spécialistes, il est grand temps, donc, de s’occuper un peu des mâles, de battre en brèche leurs préjugés et de changer tant les mentalités que l’éducation des jeunes. Il faudra, pour cela, lutter contre des clichés qui ont la vie dure chez bon nombre de nos concitoyens. Non, un homme malade n’est pas un homme faible. Non, la virilité ne passe pas par la consommation d’alcool et de tabac(bien au contraire, d’ailleurs). Et, oui, mille fois oui, s’intéresser à sa santé et veiller à prévenir des maladies graves, c’est faire preuve d’intelligence et non de futilité! Petits conseils entre amis: les hommes doivent s’investir davantage dans ce type de problème. Il en va de leur avenir…

En octobre dernier s’est tenu un congrès destiné uniquement à parler de la santé des hommes. Quelques constats, parfois accablants, y ont été dressés. « Avant même le berceau, on remarque des inégalités entre les sexes, a ainsi expliqué le Pr Siegfried Meryn, de l’université de Vienne (Autriche). Le foetus mâle court davantage de risques de mourir prématurément, de souffrir de lésions cérébrales ou de malformations génétiques. Après la naissance, les garçons sont 3 à 4 fois plus nombreux à souffrir d’hyperactivité ou de troubles de l’attention, à être dyslexiques, incontinents ou à bégayer. Ils apprennent à marcher, à parler et à lire plus tard que les filles. Avant l’âge de 20 ans, ils décèdent davantage qu’elles de mort subite, de cancers, d’accidents de la route, de noyade, de suicide ou d’actes de violence. Environ deux fois plus d’hommes meurent de maladies cardiaques ou de cancer, et ils sont nettement plus nombreux à être touchés par le sida. » De fait, selon les chiffres Onusida de décembre dernier, en Europe, 75 % des malades sont des hommes, 80 % en Amérique du Nord, et jusqu’à 93 % en Australie! Enfin, alors que les femmes sont davantage touchées par la dépression, la majorité des suicides réussis concernent les hommes ( lire en page50 ).

A tout cela s’ajoutent un nombre certain de comportements à risques, plus fréquents chez les messieurs que chez les dames. Ainsi, ils consomment davantage d’alcool et de drogues et fument davantage. Sur un plan sexuel, ils « jouent » aussi avec leur vie. Dans une large mesure, c’est aux hommes qu’est imputable la propagation du virus du sida. Par exemple, en Afrique du Sud, « leur rôle est essentiel, car ils déterminent les circonstances des rapports sexuels, explique le Pr Bruce Sparks, président de l’Organisation mondiale des médecins de famille. Ainsi, les travailleurs migrants multiplient les partenaires, ils ne se protègent pas et refusent de mettre à l’abri leur partenaire exposée à un risque de contamination. Lorsque la maladie se déclare, ils acceptent moins de se traiter que les femmes et prennent moins régulièrement leurs médicaments. Quant au travail de prévention, il est souvent perturbé par des mythes relayés par les hommes. En particulier, certains croient qu’avoir des relations sexuelles avec une fille vierge ou un enfant suffit à guérir une personne infectée. »

D’autre part, bien que davantage exposés à diverses maladies en raison de leurs comportements, les hommes négligent le dépistage de maladies graves. Ils reportent ainsi la mise en place d’un traitement éventuel ( lire en p. 55). Comme l’explique le Pr Claude Schulman, chef du service d’urologie à l’hôpital Erasme (ULB, Bruxelles), « l’éducation, à la fois du public et des professionnels de la santé, sur l’importance d’une détection précoce des problèmes de santé typiquement masculins pourrait avoir pour résultat un taux réduit de morbidité et de mortalité, ainsi que des coûts de santé diminués pour ces pathologies. Beaucoup d’hommes sont réticents à consulter leur médecin ou un centre médical et à effectuer des examens réguliers de dépistage ou de contrôle. Différentes raisons expliquentsans doute cette attitude : la crainte, le manque d’information ou des facteurs psychologiques. En fait, les hommes vont plus volontiers chez leur garagiste que chez leur médecin! »

A contrario, les femmes consultent deux fois et demie plus leur médecin que les hommes. Dès lors, elles se donnent l’occasion de détecter leurs problèmes de santé à des stades beaucoup plus précoces. Selon le Pr Eric Meuleman, urologue et sexologue au département d’urologie au centre médical universitaire de Nimègue (Pays-Bas), « alors que les femmes s’occupent de la prévention, les hommes viennent généralement pour des « réparations ». Pourtant, les stratégies de prévention primaire sont plus efficaces et gagnent à être posées au plus vite: l’hypertension ou le cancer du poumon, par exemple, sont des pathologies qui nécessitent une telle approche. »

Selon certains spécialistes, le « blocage » des hommes à l’idée de consulter régulièrement leur médecin est lié à représentation sociale: ils considèrent que, ce faisant, ils perdraient le contrôle de leur vie, de leur corps, de leur image dans le couple. Et, s’ils tombent malades, celui de leur image au travail… Or, les hommes accorderaient une grande importance à cette image sociale. Cela les amène donc à adopter ces comportements pourtant contraires à leurs intérêts. L’alcoolisme, la consommation de drogues, l’agressivité constitueraient ainsi souvent des réponses à un vécu difficile à supporter. D’autant que les hommes se croient obligés de donner, en permanence, une image d’eux « positive », que ce soit à leur patron ou à leurs proches. Le Pr Beate Wimmer-Puchinger, directeur du Ludwig Boltzmann Institut de recherche pour la santé des femmes à Vienne (Autriche), rappelle que, « depuis leur naissance, les garçons sont éduqués par leurs parents pour être compétitifs, hiérarchiques, dominants, invulnérables et forts. Ce stress de ne plus « assurer » en tant qu’homme solide fait qu’ils sous-estiment leurs maladies, qu’ils ne veulent pas les reconnaître et qu’ils ignorent tout bonnement la prévention ».

Les femmes ont une attitude très différente. Elles répondent en plus grand nombre aux campagnes de dépistage du cancer du sein ou du col de l’utérus, pour ne reprendre que deux exemples connus. Mais il est vrai, aussi, qu’elles sont plus habituées à passer des contrôles réguliers chez leur gynécologue et qu’elles sont, traditionnellement, les gardiennes de la santé de toute la famille, se chargeant de la vaccination des enfants, de leurs visites de suivi chez le pédiatre, etc.

Avec l’âge, le comportement masculin ne se modifie pas. Aussi, les problèmes de santé spécifiques de l’homme vieillissant, mais surtout leur prévention, représentent un réel défi pour les spécialistes, et en particulier les urologues. Ces praticiens parlent donc de s’attaquer à l’éducation de l’homme, en s’intéressant davantage aux mâles. La preuve par les chiffres: alors que 12% des publications scientifiques de haut niveau sont consacrées uniquement à la santé de la femme, ce chiffre n’atteint que 0,7% pour les parutions spécifiques sur la santé de l’homme. En lançant le débat sur ce thème, « l’objectif est d’encourager les hommes à être plus proactifs et à prendre davantage de responsabilités quant à leur propre santé », conclut le Dr Andreas Jungwirth, urologue au Landeskrankenhaus de Salzbourg. Cette ambition se concrétisera par des programmes de prévention au niveau européen et, notamment, par l’instauration, du 9 au 15 juin 2003, d’une semaine internationale de la santé de l’homme. Alors messieurs, heureux?

Carine Maillard

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