Grand-mère courage

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Marianne Faithfull est l’interprète admirable d’Irina Palm, un film où Sam Garbarski confirme les promesses de son Tango des Rachevski

Improbable et pourtant convaincant mélange de mélodrame flamboyant à la Douglas Sirk (pour le fond) et d’âpre réalisme britannique façon Mike Leigh, avec une touche bien belge de décalage touchant, Irina Palm est un bel ovni cinématographique, comme notre pays se plaît à en produire chaque année ou presque. Le public du Festival de Berlin réserva une longue ovation à cette £uvre émouvante autant qu’audacieuse, second long-métrage du fils de pub Sam Garbarski et superbe écrin à une performance mémorable de Marianne Faithfull.

Telle une héroïne de mélo sacrificiel, genre où excella Sirk et que perpétua de manière personnelle Rainer Werner Fassbinder, Maggie va entreprendre une descente aux enfers sociale et morale pour sauver celui qu’elle aime. En l’occurrence, son petit-fils, atteint d’une maladie dont il va mourir si un ultime traitement, disponible seulement outre-Atlantique, n’est pas tenté. Son fils et sa belle-fille n’ayant pas l’argent nécessaire au voyage, la grand-mère courage va chercher le moyen de se le procurer. Et c’est au c£ur du Soho interlope, dans un club  » X « , qu’elle va le trouver, sans rien dire aux siens, en prodiguant des faveurs sexuelles et manuelles aux clients, via un guichet qui la dérobe au regard…

Marianne Faithfull est extraordinaire de poignante sobriété dans ce rôle ô combien délicat d’une mamie  » indigne « , acceptant sans honte le risque d’opprobre pour le salut d’un enfant. L’ex-égérie des Rolling Stones et de Jean-Luc Godard, descendante de Sacher-Masoch et chanteuse tragique célébrée par un public fervent, fait son miel d’un personnage déterminé, traversé de doutes, mais dont l’épreuve volontairement choisie lui vaudra d’apercevoir une autre manière de bonheur…

Philippe Blasband, qui écrivit aussi le brillant Une liaison pornographique pour Frédéric Fonteyne, eut l’idée de départ d’un film qui devait se dérouler initialement dans le quartier de la gare du Nord, haut lieu bruxellois de la prostitution. Après plusieurs versions du script et le déplacement de l’action vers les quartiers chauds de Londres, Irina Palm fut prêt à suivre Le Tango des Rachevski, première réalisation de Sam Garbarski, elle aussi scénarisée avec la complicité de Blasband.  » Que l’amour puisse naître dans un cadre sordide fait un beau paradoxe, qui nous a permis de braver les conventions et d’aller jusqu’au bout d’un projet aussi risqué « , commente un Garbarski dont les options stylistiques servent fort bien le propos peu banal.

Louis Danvers

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