Francorchamps ne meurt jamais ?

De l’été 2002 à l’été 2003, la politique belge a été rythmée par un débat passionné au sujet de Francorchamps. Sept ans plus tard, Ecolo est de retour aux affaires, l’avenir du Grand Prix reste incertain et Bernie Ecclestone ne cache plus son mépris pour la démocratie.

Je préfère les leaders forts.  »  » A part le fait que Hitler s’est laissé emporter et persuader de faire des choses dont j’ignore s’il voulait les faire ou pas, il était en position de commander beaucoup de gens et d’être efficace.  »  » Si vous observez la démocratie, elle n’a pas fait beaucoup de bien à beaucoup de pays.  » L’auteur de ces sages propos ? Nul autre que Bernie Ecclestone, le grand patron de la formule 1, qui a prononcé ces paroles lors d’une interview au quotidien britannique The Times, le 4 juillet dernier.

Les responsables politiques wallons, d’habitude si enclins à condamner toute réminiscence de l’extrême droite, ne se sont pas bousculés, cette fois, pour exprimer leur désapprobation. Quelle sera leur attitude lors du Grand Prix de Spa-Francorchamps, le 30 août ? Serreront-ils la main d’Ecclestone, s’il leur arrive de le croiser, au détour d’un paddock ou d’un espace VIP ?

L’ambiance ce dimanche-là sera d’autant plus étrange que le sort de Francorchamps est à nouveau incertain. Bernie Ecclestone l’a déclaré le 4 août : à l’avenir, le GP de Belgique ne se tiendra plus que tous les deux ans, en alternance avec le circuit allemand du Nürburgring. Le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), y voit  » une hypothèse de travail intéressante « .  » C’est peut-être une chance de pérenniser les deux Grand Prix. Car le principal concurrent de Spa, c’est le Nürburgring. Et le principal concurrent du Nürburgring, c’est Spa. « 

Se dirige-t-on vers de nouvelles empoignades politiques au sujet de Francorchamps ? On n’en est pas encore là. Les ministres Ecolo du gouvernement wallon, Jean-Marc Nollet et Philippe Henry, se gardent pour l’instant de tout commentaire. Chat échaudé craint l’eau froide… Pour rappel, le dossier Francorchamps avait coûté une déroute électorale à Ecolo, au terme d’une saga qui a occupé le devant de l’actualité de juin 2002 à juin 2003. A l’époque, les verts refusaient de revoir la loi (votée en 1997) interdisant toute forme de publicité pour le tabac (les cigarettiers sponsorisaient certaines écuries), alors que le PS et le MR souhaitaient accorder une dérogation aux manifestations sportives internationales.

Sept ans après le début de la polémique, nous en avons exhumé quelques déclarations marquantes, et avons demandé à leurs auteurs de les commenter.

 » La Région wallonne a besoin de Francorchamps sur le plan économique. Ceux qui, comme Ecolo, estiment que l’on a trop dépensé pour le circuit connaissent mal le dossier. « 

Serge Kubla, dans Vers l’Avenir, 4 novembre 2002.

A l’époque : ministre wallon MR de l’Economie.

Aujourd’hui : député wallon MR et bourgmestre de Waterloo.

S. K. :  » Je suis très étonné de ces propos râleurs tenus par Bernie Ecclestone, des propos que je n’ai jamais entendus, que je ne comprends pas, et que je ne défends pas, qui viennent sans doute d’un personnage déçu, en fin de carrière. Mais qui a toujours tenu ses promesses, qui a apporté du dynamisme. Si je le rencontre, je n’aurai aucun problème à lui serrer la main.  »

 » Stavelot n’est vraiment pas une zone sinistrée : moins de 6 % de chômage. Et ce sont moins de 20 personnes qui travaillent en permanence pour le circuit… « 

Yves Reinkin, dans La Libre Belgique, 17 mai 2003.

A l’époque : conseiller communal Ecolo à Stavelot, administrateur de l’intercommunale du circuit de Spa-Francorchamps.

Aujourd’hui : député à la Communauté française, administrateur de l’intercommunale du circuit.

Y. R. :  » Je ne regrette pas d’avoir dit ça. A l’époque, certains faisaient croire que, sans Grand Prix, c’était la mort de la Wallonie. Aujourd’hui, plus personne ne pense que le circuit est le poumon économique de la Région… Personnellement, j’assisterai au Grand Prix le 30 août. Mais si je croise Ecclestone, je ne lui dirai pas bonjour. Certains diront : Paris vaut bien une messe. N’empêche, pour moi, cet homme est infréquentable. A terme, je crois aussi qu’il faudra rouvrir le débat : est-il normal que le pouvoir public finance une course ? En Flandre, le circuit de Zolder a été remis aux mains du privé, et ça fonctionne très bien.  »

 » Il ne faut pas rêver : si le Grand Prix 2003 est annulé, il n’y aura plus jamais de Grand Prix de formule 1 en Belgique. « 

Philippe Monfils, dans La Dernière Heure, 29 octobre 2002.

A l’époque : sénateur MR et conseiller communal de Liège.

Aujourd’hui : sénateur MR.

P. M. :  » J’avais raison : ce sont la pub et les droits TV qui font la loi, et qui l’emportent sur la qualité de notre circuit naturel, le plus beau du monde. Quant aux propos de Bernie Ecclestone, ils sont inacceptables et scandaleux. Je ne peux pas comprendre cette référence à un passé odieux, mais je ne peux pas non plus admettre que l’on s’en serve pour condamner la F 1. Si je rencontre Bernie Ecclestone, je ne lui serrerai pas la main. Mais on ne peut pas condamner le Grand Prix sur la base de cette déclaration scandaleuse.  »

 » Fondamentalement, Ecolo avait raison. (…) Mais nous aurions pu reporter de quelques années l’interdiction de pub pour le tabac, cela n’aurait pas été fondamental. « 

Elio Di Rupo, dans Knack, 23 avril 2003.

A l’époque et aujourd’hui : président du PS.

E. D. R. :  » Cela s’est vérifié. Sur les circuits européens de formule 1, on ne voit plus de publicité pour les cigarettes. J’ai toujours été parcimonieux des deniers publics. Quand on dépense de l’argent public, il faut le faire avec un rendement maximum. Or il faut se rappeler qu’avant ces événements, avant cette polémique, le Grand Prix ne coûtait rien à l’autorité publique. Au contraire, cela rapportait, via diverses rentrées fiscales. Après ces événements, le Grand Prix a commencé à coûter à l’autorité publique. Il aurait mieux valu trouver une formule politique et légale pour faire ça sans rupture… Si on avait attendu deux ou trois ans pour interdire la publicité pour le tabac, il n’y aurait pas eu cette rupture. La donne aurait été différente. Cela aurait évité que l’autorité publique doive dépenser de l’argent pour ce sport-spectacle.  »

 » Quand un sport est totalement dépendant d’un lobby, ça ne va pas. Il n’est pas bon qu’une épreuve sportive soit aussi largement sponsorisée par des marques de cigarettes. « 

Evelyne Huytebroeck, dans Le Soir, 24 juillet 2002.

A l’époque : secrétaire fédérale Ecolo.

Aujourd’hui : ministre bruxelloise de l’Environnement.

E. U. :  » Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. L’interdiction de la pub pour le tabac a été décidée au niveau européen, et plusieurs pays extra-européens commencent à franchir le pas aussi. Et pourtant, les F1 roulent toujours… Preuve est faite que le départ des cigarettiers n’allait pas mettre à mal la F1. Quant à ce qu’a dit Ecclestone, ce sont des propos tellement abjects qu’ils ne méritent même pas d’être commentés.  »

FRANÇOIS BRABANT;PROPOS RECUEILLIS PAR MICHEL DELWICHE ET F.B.

 » Une Hypothèse de travail intéressante « 

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content