Fondre Léopold II

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Il n’y a pas si longtemps, quand un peuple n’aimait plus son roi, il lui coupait la tête. De son vivant, bien sûr. A la hache pour Charles Ier, en Angleterre. A la guillotine pour Louis XVI, en France. En Belgique, on est un peu plus lent. On attend plus d’un siècle pour décider que le plus grand roi ayant régné sur notre pays était un méchant souverain. Il est vrai qu’après avoir conquis seul la plus vaste et la plus riche région d’Afrique, il l’a exploitée comme cela se pratiquait en ce temps-là par tous les colonisateurs, sans beaucoup de scrupules. Soit. Mais nous notons que les Belges ne se sont pas plaints, à l’époque, des splendides réalisations architecturales que ce roi tardivement immoral leur a offert avec l’argent sanglant du caoutchouc africain. Les colonies, c’est comme l’amiante hier, le nucléaire aujourd’hui et les voitures électriques demain: un objectif enthousiasmant en son temps qui, plus tard et généralement à juste titre, est ou sera considéré comme une honte ou une catastrophe. Les chiffres le prouvent: les Français et les Anglais ont massacré dix fois plus d’Algériens, d’Indochinois et d’Indiens que les Belges n’ont sacrifié de Congolais. Mais aucun de leurs dirigeants n’a eu sa statue fondue pour ces crimes de l’époque. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: après avoir débaptisé son tunnel (pauvre Annie Cordy), il paraîtrait qu’on va fondre la statue équestre de Léopold II. Pas celle de Godefroid de Bouillon qui trône Place royale après avoir massacré tous les habitants de Jérusalem en 1099. Non, on va liquéfier celle du seul roi qui a considérablement grandi son pays devenu, au début du XXe siècle, la deuxième économie industrielle du monde. Mais revenons à ce royal bronze fondu, dont il paraîtrait qu’on en érigerait un hommage aux Congolais martyrs. Belle idée. Nous suggérerions de plutôt l’utiliser au souvenir du maréchal Mobutu et des Kabila père et fils, les bienfaiteurs de leur pays, sous les règnes desquels un nombre indéterminé de leurs compatriotes ont discrètement disparu tandis que ces bienveillants despotes amassaient des milliards de dollars sans en faire trop état. Mais ce n’est qu’une proposition, car nous ne faisons pas partie de la brillante élite qui dirige notre beau pays et sa politique statuaire.

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