Feu vert aux OGM

Pour la première fois depuis cinq ans, une mise en culture d’OGM a reçu un avis scientifique positif. Un tournant ?

Le 27 mai prochain, la Belgique renouera peut-être avec la mise en culture d’organismes génétiquement modifiés (OGM) à des fins expérimentales. Ce jour-là, en effet, Paul Magnette (PS), ministre fédéral de l’Energie et du Climat, et Laurette Onkelinx (PS), ministre de la Santé, pourraient donner leur feu vert à la  » production  » de peupliers transgéniques à des fins énergétiques. Ils suivraient ainsi l’avis récent du Conseil de biosécurité, selon lequel la demande de l’Institut flamand interuniversitaire pour la biotechnologie (VIB) ne menace pas l’environnement, ni la santé humaine et animale.

Le VIB veut étudier, sur une surface de quelques ares, le rôle que pourraient jouer les peupliers dans la fabrication d’éthanol, un combustible de substitution aux carburants fossiles. L’espoir consiste à diminuer la teneur en lignine de ces arbres afin de faciliter la production de l’agrocarburant, réputé moins polluant que les dérivés du pétrole. L’avis favorable du Conseil de biosécurité n’est pas un blanc seing absolu. Pour éviter tout risque de dissémination des gènes dans l’environnement, la croissance et la floraison des peupliers du VIB seront surveillées d’une façon draconienne.  » En fait, la culture de ces arbres – quelques centaines, tout au plus – se fera quasiment en milieu confiné, déclare Philippe Baret, professeur de biologie végétale et expert au Conseil de biosécurité. La probabilité d’une interaction avec d’autres espèces est proche de zéro, voire nulle.  » Dernière précaution proposée par les experts : pour toute future culture de peupliers plus vaste et/ou d’une nature commerciale, le processus de demande d’autorisation devra être repris à zéro.

Un avis descendu en flammes

De telles balises n’ont pas empêché Greenpeace de tirer à boulets rouges sur l’avis des experts. L’ONG environnementale reconnaît que les risques de dissémination sont limités. Mais elle redoute que le feu vert politique aux peupliers OGM ne soit considéré comme la première étape de la commercialisation d’arbres OGM à grande échelle.  » Si on veut agir pour le climat, ne substituons pas un problème à un autre, avertit Natacha Adam. Les agrocarburants ne sont pas une solution. Commençons par réduire notre boulimie de kilomètres parcourus en voiture.  » La décision de Paul Magnette n’est pas attendue avant la fin mai. De son côté, sauf surprise, la ministre flamande de l’Environnement, Hilde Crevits (CD&V), ne s’opposera pas à la demande du VIB, un organisme public flamand de recherche. Benoît Lutgen, son homologue wallon, fulmine envers et contre tout.  » Les ministres fédéraux doivent s’opposer aux peupliers OGM, à cause des risques de dissémination. 80 % des forêts belges sont wallonnes.  » Mais il n’a pas voix au chapitre dans cette matière fédérale.

En 2003, Magda Aelvoet, à l’époque ministre Agalev de la Santé publique et de l’Environnement, avait fait grand bruit en interdisant la culture expérimentale de pommiers, contre l’avis du Conseil de biosécurité. Depuis lors, plus aucune demande de ce type n’a été introduite dans notre pays. La plupart des sociétés intéressées ont quitté l’Europe pour se replier aux Etats-Unis et au Canada. Une autre évolution s’est produite : la composition du Conseil de biosécurité a été modifiée. Celui-ci a gagné en indépendance politique, et les débats scientifiques, dit-on, y sont plus riches, plus ouverts. Mais l’opinion publique est-elle devenue plus mûre face à un sujet aussi passionnel ? On est loin, dans le cas de ces peupliers OGM, de la culture massive d’un aliment destiné à nos assiettes. Mais la question cruciale des avantages et des inconvénients du bioéthanol reste posée.

Philippe Lamotte

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