Faire efficacement le bien

Simple citoyen, comment faire pour aider efficacement ceux qui vivent dans la misère et la violence ?, Léopold Steinitz, par e-mail

Dès le départ, il faut se donner des principes, apparemment rudes, si on tient plus à l’efficacité qu’à la satisfaction intime de faire une bonne action. Le premier consiste à penser politiquement et non moralement les données du problème. Le second s’applique à régler ma conduite sur ma condition. Le troisième subordonne le culturel au rationalisme politique.

Parfois, l’adhésion morale à un comportement se limite à une personne (j’ai ma conscience pour moi) ; parfois, elle exprime un sentiment partagé. Le politique, lui, fait l’impasse sur le sentiment. Il le subordonne à l’adhésion intellectuelle au bien commun. Par exemple, si, moralement, j’estime que tout le monde doit disposer des biens nécessaires à une existence décente, cela ne suffit pas pour mettre en pratique cet objectif, ici et maintenant. La seule manière d’assurer la réalisation progressive de ce v£u est de se donner politiquement les moyens d’un accroissement matériel de biens et de services et de réfléchir à leur distribution équitable.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, gavés par les incontinences médiatiques, les individus ne s’adressent qu’aux individus. Tant que leurs manifestations ne sont pas prises en compte par les instances étatiques, soit directement, soit par le biais des organisations intermédiaires (partis, associations), ils s’époumonent en vain. La règle, c’est que les personnes parlent aux personnes, les organisations aux organisations et les Etats aux Etats. Si des citoyens veulent intervenir dans les affaires d’un Etat, c’est sur leur Etat û et lui seul û qu’ils doivent faire pression pour qu’il agisse dans le sens souhaité. Ce constat nous permet de comprendre pourquoi le politique l’emporte sur les comportements individuels qui imaginent que leur nombre suffira à modifier le comportement d’un Etat étranger.

Enfin, si, politiquement, je m’assigne, par exemple, le refus de la peine de mort, comment en même temps prendre en compte des pratiques culturelles qui s’y opposent ? Or accepter de subordonner l’objectif politique à la diversité culturelle signifie faire dépendre la rationalité du politique de l’irrationalité des traditions. Le politique n’est plus alors qu’une tactique au service du maintien de ces dernières.

Autrement dit, je dois choisir. Soit je mets en avant ma satisfaction (mon plaisir) de faire le bien, soit, sans trop m’occuper de mon ego, je tente rationnellement de faire le choix qui correspond le mieux au bien commun.

Adressez vos questions de philosophie ou de société à Jean Nousse, qui vous proposera des éléments de réponse.

Jean Nousse

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