Exécution immédiate

Depuis le temps qu’on nous tartine des pages entières sur les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (mais dites NTIC, c’est plus tendance), on a fini par le savoir : grâce à l’Internet, au GSM et à toutes ces sortes de choses, nous fonçons vers le bonheur technologiquement assisté à la vitesse d’un électron au galop sur une ligne ADSL.

Prenez la ville d’Anvers, par exemple. Certains de ses habitants, reconnaissables à leur petite moustache et à leur irrépressible envie de lever le bras droit en hurlant  » Eigen volk eerst ! « , trouvaient qu’il y avait un problème avec les étrangers en situation illégale. Logiques, ils se sont dit qu’il n’y avait qu’à les dénoncer. Mais pas par courrier. C’est contraignant, un courrier. D’abord, il faut faire la file à la poste pour acheter son timbre Prior. Et puis, il faut savoir écrire.

Arrive donc la dénonciation express, par GSM. Vous appelez et un monsieur prend note de votre message. Avouez qu’on fait difficilement plus pratique ! Et si votre correspondant ne peut pas décrocher parce qu’il est en pleine séance de lynchage, pas de problème, vous laissez votre dénonciation sur la boîte vocale, on s’occupe de votre clandestin dès qu’on en a fini avec le précédent.

Dire que ce système a été abandonné suite aux protestations indignées des représentants des partis démocratiques ! Il y a décidément des gens qui ne comprennent rien au progrès.

C’est comme les photos numériques. Maintenant que chaque soldat US a un appareil digital dans son paquetage, finis les photos floues et le noir et blanc tristounet qui caractérisaient les clichés des guerres précédentes. Aujourd’hui, le MP appuie sur le bouton et, dans la seconde, il sait si l’image est réussie et s’il a bien immortalisé la séance de torture et d’humiliation en qualité haute définition, cinq millions de pixels qu’il n’a plus qu’à envoyer à la maison grâce à un e-mail, l’affaire est réglée en une minute.

D’ailleurs, les adversaires des Américains ont, eux aussi, compris l’immense avantage qu’ils pouvaient tirer des NTIC. Finie l’époque où on égorgeait en série mais où, faute de médiatisation suffisante, ces faits d’armes n’étaient connus que des amis et des proches. Aujourd’hui, une petite caméra DV, un site Internet et voilà, tout le monde peut, en quelques clics, voir l’exécution d’un otage américain comme si on y était. Bon, l’image n’est pas de très bonne qualité, mais c’est la faute à la compression numérique et on s’y fait. D’ailleurs, le site montrant la vidéo de l’exécution de ce pauvre Nick Berg a eu tellement de succès que son hébergeur a dû en fermer l’accès : ses machines ne parvenaient pas à tenir le coup, submergées sous le nombre des demandes.

Cette dernière information, rigoureusement authentique évidemment, a de quoi rassurer les plus inquiets. Les machines ont beau changer, l’être humain, lui, reste semblable à lui-même. Du temps où la guillotine était utilisée en public, on se levait tôt pour être sûr d’avoir une bonne place. Aujourd’hui, un PC suffit. Rétrospectivement, on ne peut que trembler à l’idée que, s’il avait réussi son coup, le bug de l’an 2000 aurait pu nous priver de tout ça.

Marc Oschinsky

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