Et si la vraie vie s’inventait ?

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Avec Tim Burton, l’imagination est toujours au pouvoir. La preuve avec Big Fish, évocation drôle et tendre des rapports entre un fils et son père un tantinet mythomane

Des histoires, Edward Bloom en aura raconté ! Même l’approche de la mort ne lui a pas fait perdre le goût de ces récits autobiographiques et hautement improbables, dont il abreuve les siens depuis des décennies. William, son fils, aimait bien l’écouter lorsqu’il était petit mais, dès l’adolescence, les mythes entretenus par son paternel ont commencé à lui peser lourdement. Jusqu’à, une fois adulte, rompre avec celui dont les histoires, constamment ressassées et enjolivées, l’avaient confiné dans l’ombre, Edward tenant constamment la vedette aux dépens d’un rejeton en mal de reconnaissance…

Quand Michael apprend que son père est malade d’un cancer qui le cloue au lit et l’emportera bientôt, cela fait des années que les deux hommes ne se sont plus parlé. Les retrouvailles seront difficiles, le fils conservant ses frustrations tandis qu’Edward repart de plus belle dans ses incroyables récits. Peu à peu, pourtant, éclairé par les témoignages d’autres personnes et sentant remonter ses émotions d’enfant, Michael va se mettre à mieux comprendre l’homme qui va mourir. Jusqu’à réaliser que certains épisodes des légendes paternelles, si folles qu’elles pussent paraître, contenaient une part non négligeable de vérité…

Tim Burton a trouvé dans le scénario de John August, lui-même inspiré du roman de Daniel Wallace, matière à retrouver son meilleur cinéma, au lendemain de son (très) décevant  » remake  » de La Planète des singes. Big Fish s’inscrit à merveille dans l’£uvre du réalisateur d’ Edward aux mains d’argent et de Ed Wood. Il en illustre le versant le plus souriant, le plus positif, n’étant qu’effleuré par les noirceurs marquant habituellement la démarche  » burtonienne « . Le père Bloom incarne le rêveur de sa propre existence, et semble demander si la vie que l’on rêve n’est, au fond, pas plus importante que celle où l’on chemine réellement. La question se discute, mais la réponse cinématographique de Burton se donne les moyens de convaincre. Deux comédiens idéalement choisis se partagent le rôle d’Edward Bloom. Le pétulant Ewan McGregor l’incarne jeune (dans les nombreux flash-back), l’immense Albert Finney l’interprète âgé (dans les scènes au présent). Face au monstre sacré û et surtout sacré monstre ! û qu’est Finney, le jeune Billy Crudup défend crânement le personnage de Michael, le fils sceptique. Autour d’eux, Tim Burton multiplie les caractères mémorables, hauts en couleur, donnant notamment au toujours épatant Steve Buscemi un emploi digne de sa singulière présence. Mis en scène avec autant de naturel que de justesse dans le trait humoristique ou la bouffée d’émotion, Big Fish est un hymne modeste mais fervent au pouvoir de l’imagination. Un spectacle plein de rires et de larmes, de lumineuse fantaisie et de poésie quotidienne.

Louis Danvers

 » Lumineuse fantaisie et poésie quotidienne « 

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