Entre nature et culture

Guy Gilsoul Journaliste

Collecté, isolé, enfilé, assemblé ou transformé, l’objet naturel a toujours accompagné l’homme. Une galerie expose près de 300 pièces, de l’Himalaya aux sables du désert

Bruxelles, galerie Slim, 60, rue de Stassart. Jusqu’au 2 mai. Du jeudi au dimanche, de 12 heures à 18 h 30.

Tél. : 02 512 95 07.

Un serpent glisse le long du mur d’entrée de la maison-galerie bruxelloise. Puis un deuxième, trois, quatre et davantage. En réalité, ce sont des racines recherchées au Népal pour leur ressemblance avec l’animal dont on veut se protéger et qu’on agite là-bas, le bras tendu. Dans le jardin, au-delà d’une forêt de pierres dont la forme, polie par les eaux des torrents, évoque le phallus de Shiva, s’élèvent des doigts de fée, longs et fragiles. Là, pas davantage que dans les deux exemples précédents, la main de l’homme n’est intervenue. Ces hautes racines aquatiques (plus de deux mètres), venues du Triangle d’or, ont été sculptées par le temps et par des milliers de petits coquillages. A quel usage servaient-elles ? Mystère. Ailleurs, les traditions sont plus loquaces. Avec des champignons amadouviers ou des racines de bambous trouvées dans les montagnes de l’Himalaya, des hommes ont fabriqué des masques. En enfilant, comme des perles, des élytres de coléoptères, un artisan de l’Amérique du Sud a fabriqué une parure fascinante à laquelle répond une autre, de scarabées d’or et de plumes.

Une exposition comme celle-ci nous renvoie à l’origine de l’art, en même temps qu’à la fascination de tous ceux qui, depuis l’invention des cabinets d’amateurs, ont cherché à mieux comprendre les rapports intimes qui lient le regard de l’homme à l’esprit de la nature. Elle nous rappelle aussi combien l’homme a toujours collecté la perfection cristalline d’une pierre, la suggestion sexuée, la vision d’un paysage. Il y a bien du mystère dans ce f£tus de dinosaure prisonnier d’une pierre qui ne dépasse pas dix centimètres, ou encore dans ce fruit rouge pétrifié trouvé en Asie. A chaque fois, de la Chine au Pérou et de l’Australie aux déserts tunisiens, cette nature déclame son caractère d’exception. Ainsi, cet arbre d’argent dont le parfum des fruits noirs (de l’ambre) nous enivre. Ainsi, ce rosaire en vertèbres de serpent venu du Tibet. Il fut un temps où l’imaginaire de l’homme côtoyait celui de la nature. De l’un à l’autre, il y avait place pour l’émerveillement, l’usage, le sacré…

Guy Gilsoul

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