Electrabel renfloue l’Etat

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Pour boucler son budget, le gouvernement fédéral va chercher 250 millions d’euros dans la poche des électriciens. Et recommencera l’opération, si nécessaire.

L’argent est plus utile que la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières « , disait le cinéaste et acteur Woody Allen. Le gouvernement fédéral connaît ses classiques : contraint de trouver de nouvelles recettes pour équilibrer le budget, il s’est tourné vers les électriciens, dont on sait qu’ils ont la bourse bien garnie. Electrabel, qui domine encore le marché à 80 % – bien qu’il ait perdu sa position de monopole -, la SPE (Société de production d’électricité), le français EDF et l’allemand RWE contribueront donc, bon gré mal gré, au budget de l’Etat, à hauteur de 250 millions d’euros.

Sans contrepartie ? L’idée de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires, dont la fermeture est programmée entre 2015 et 2025, a été abandonnée. Le PS, auquel appartient le ministre de l’Energie, Paul Magnette, n’en voulait pas. Cet homme a d’ailleurs été chargé d’engager les négociations avec les électriciens, d’ici à la fin du mois de juin, juste avant le contrôle budgétaire. Mais négocier quoi ?  » Le montant de l’enveloppe échappe à toute discussion, affirme-t-on à son cabinet. Il est inscrit au budget et considéré comme acquis.  » Que la négociation avec le ministre fédéral de l’Energie aboutisse ou pas, les 250 millions seront d’office soutirés aux électriciens. Mais cela ne devrait pas empêcher les deux parties de discuter de la politique énergétique du pays, du degré de concurrence et de la place dévolue aux énergies alternatives.

Ce n’est pas la première fois que les pouvoirs publics, en mal d’argent, se tournent ainsi vers les grands acteurs du marché de l’énergie. L’an dernier encore, Electrabel avait financé le chèque-gaz à hauteur de 100 millions d’euros. Cela risque de se reproduire, puisque le principe de ce prélèvement est acquis pour l’avenir. Seul son montant est susceptible de changer.

La crainte que cette contribution obligatoire se répercute sur les clients n’est évidemment pas mince. En 2008, les factures intermédiaires qu’Electrabel adressera aux consommateurs moyens devraient déjà augmenter de 15 %. Certes, l’opérateur électrique avait annoncé un blocage des prix en 2008. Mais il pourrait arguer que cette nouvelle taxe imposée par le fédéral constitue une circonstance exceptionnelle qui justifie un revirement de sa politique tarifaire. Fort opportunément, le ministre Magnette vient d’étendre les pouvoirs de contrôle de la Creg (Commission de régulation de l’électricité et du gaz) sur les prix. On n’est jamais trop prudent. l

Laurence van Ruymbeke

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