DVD de saison

Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Les sept musts parmi les nouveautés

De la pile d’une bonne trentaine de nouveaux DVD, on extrait d’emblée le Delpech,Ce lundi-là au Bataclan (Universal). Choix rétro guidé par l’envie de voir l’ex-idole défendre ses incunables menthes à l’eau : Que Marianne était jolie, orchestré country-folk, enchaîné à Chez Laurette puis Les Divorcés et Pour un flirt, confirmant que Michel D. a survécu aux rouflaquettes, à Guy Lux et à la dépression, pour s’affirmer en chanteur vieilli et justement décanté. Recommandé comme une bouteille de bordeaux égarée dans un bout de cave.

Ce même sentiment de décalage d’époque concerne les deux DVD honorant New Order : le premier, New Order Story (Warner), s’avère être une remarquable narration de plus de deux heures remontant le fil de l’histoire. De la désintégration prématurée de Joy Division – suite au suicide de son épileptique chanteur Ian Curtis – au succès mondial de la techno-rock de N.O. Saga d’autant plus fascinante que, un quart de siècle après sa sortie, le Love Will Tear Us Apart de Joy Division reste l’une des dix plus grandes chansons du xxe siècle. Du coup, l’autre DVD, A Collection (Warner), qui rassemble une série de clips des mêmes New Order, s’adresse d’abord aux fans. Vient ensuite le coffret cossu de trois DVD de The Who,Tommy and Quadrophenia, Live With Special Guests (Warner) : grosse machinerie, gros invités (Bill Idol, Phil Collins, Elton John) et stock d’images lyriques projetées en scène. Mais le sauvageon cockney Roger Daltrey n’a rien perdu de sa puissante voix dans le répertoire fantasmé par l’inoxydable Pete Townshend.

C’est tout naturellement qu’ Arno propose la version image de son Live in Brussels (EMI) paru en CD il y a peu. La liste des chansons est sensiblement la même, tout comme l’intensité maximale de l’interprétation, entre bouffonneries breughéliennes et concoctions bluesy remarquablement servies par le guitariste Geoffrey Burton. En revanche, l’initiative de virer l’image en noir et blanc – entrecoupée de fausses séquences super-8 graineuses – semble artificielle. Bonne idée cependant de joindre une dizaine de clips d’Arno peu connus : quelques perles de cochon des années 1980-1990 et le Chic et pas cher de l’année dernière.

Le double DVD Still Growing Up-Live & Unwrapped (EMI) de Peter Gabriel témoigne de la seconde tournée accompagnant la sortie du CD Up (sorti en septembre 2002). Moins théâtralisé, ce périple-ci présente des performances davantage concentrées sur la musique que sur le visuel. La voix émouvante de Gabriel remplace tous les décors du monde, le second DVD bénéficiant d’un discours affûté du chanteur, humble mais chargé de convictions. Convictions également pour le quadruple DVD Live 8-July 2nd 2005 (EMI) qui, à l’initiative de Bob Geldof, a rassemblé cet été le gratin rock planétaire, de Paul McCartney et U2 ouvrant les festivités sur Sgt. Peppers à Elton John duettisant avec le Babyshambles Pete Doherty sur Children of the Revolution. Les aficionados seront gavés par l’étalage de stars, mais ceux qui auraient aimé un casting représentant aussi les talents du tiers-monde en seront pour leurs frais (il existe aussi des versions DVD par ville, Paris, Rome, Berlin, Toronto).

Surprise de cette série  » concerts  » : le double Royal Albert Hall de Cream (Warner). Alors que le CD équivalent lasse un peu, ce DVD signant le retour du plus flamboyant trio des sixties, trente-sept ans après sa séparation (!), suscite quelques émotions. Sans doute parce que les trois vétérans, Eric Clapton, le batteur Ginger Baker et le bassiste et chanteur Jack Bruce, dégagent un plaisir rare à jouer. Certes, certaines chansons ont un peu vieilli dans leur plissure rock, mais la dynamo du blues s’avère encore capable d’allumer quelques incendies. En particulier sur le second des deux DVD, rempli de classiques ( Crossroads, White Room, Sunshine of Your Love) et de solos inspirés de Clapton. La triple interview est, également, touchante.

Philippe Cornet

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