Du coeur à l’ouvrage

(1) Coup de c£ur, Muséum des sciences naturelles, à Bruxelles, jusqu’au 5 novembre 2006. Rens. : 02 627 42 38 ou www.sciencesnaturelles.be

Boum boum, boum boum, boum boum… Avec un bruit de locomotive, ou de cheval au galop, les valvules dirigent le flux dans la bonne direction ; l’infatigable gros muscle se contracte et se détend ensuite, éjectant une nouvelle quantité de sang dans le réseau ramifié des veines et des artères – 100 000 kilomètres de vaisseaux, chez l’être humain ! Au centre de la salle, projetée sur un écran géant, une vidéo montre un c£ur qui bat. Tout autour, dans des bocaux aux dimensions variées, la même viscère chez la tortue, l’iguane, le crocodile, la roussette, l’ours, l’autruche ou la belette (au total, 50 c£urs naturalisés issus de tous les groupes de vertébrés), flottant dans leurs liquides ambrés… Comme c’est laid, ces pompes de chair grisâtre et filandreuse, et toutes leurs tuyauteries caoutchouteuses ! Difficile d’imaginer que ces sacs gorgés de sang bouillonnant symbolisent la passion, comme le montrent pourtant les quelques jolis objets d’art, antiques et modernes, qui ouvrent la nouvelle exposition consacrée à cet organe central, au Muséum des sciences naturelles, à Bruxelles (1).

Laid, certes, mais vital. Un c£ur, c’est avant tout une formidable machine. Qui cogne, en une année, 27 millions de fois, et plus si vous êtes amoureux. Qui fournit aux tissus et aux organes l’oxygène et les nutriments nécessaires. Et qui souffre aussi, parfois, d’être malmené. Dans ce voyage interactif que propose le Muséum, où la symbolique et l’histoire se mêlent au système sanguin, la santé et la maladie occupent les meilleures places : angine de poitrine, infarctus, thrombose, varice entretiennent tous des rapports problématiques avec ce gros moteur de nos cages thoraciques. Des petits films aux couleurs crues montrent des opérations à c£ur ouvert, ou le placement d’un  » stent « , fin treillis métallique cylindrique utilisé pour déboucher un vaisseau obstrué. Les plus jeunes visiteurs préfèrent toutefois les installations plus  » soft « , comme cette immense colonne qui s’emplit d’un sirop grenadine, à mesure qu’on tourne une manivelle : de 0,09 litre (la quantité de sang d’une poule) à 40 litres (celle d’une vache) – mais tout ce liquide évoque quand même l’horreur des abattoirs… Enfin, pour ceux qui prisent alcool et tabac, les nouvelles ne sont pas fantastiques. Si le vin rouge (à faible dose) augmente le taux de bon cholestérol et fournit des substances bénéfiques à l’organisme, les fumeurs en prennent pour leur grade. L’expo n’hésite pas à les déclarer  » hypertendus intermittents et semi-asphyxiés permanents « , deux situations que le système cardio-vasculaire n’apprécie pas du tout…

Valérie Colin

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