Discorde dans l’air

La Belgique n’a pas pris de gants pour dénoncer le blocage d’un avion belge à Kigali. Sans doute un tournant dans les relations entre les deux pays

Tout à fait contraire au droit international « ,  » pratiques inadmissibles « , et cette menace :  » Si de tels faits devaient se reproduire, cela risquerait alors d’avoir un effet néfaste sur la coopération entre les deux pays.  » C’est la première fois depuis le génocide de 1994 que la Belgique use de mots aussi durs pour critiquer les autorités rwandaises et, à travers elles, le président Paul Kagame, sans qui rien ne se décide au Rwanda. Motif : le blocage, trois jours durant, à Kigali d’un avion de la SN Brussels Airlines (SNBA), et de ses passagers.

Jusqu’alors, la Belgique préférait se taire plutôt que d’attaquer frontalement Kigali, notamment sur les questions des droits de l’homme ou du pillage du Congo. Quand elle intervenait, c’était de manière feutrée, à la mesure de la gêne qu’avait occasionnée l’attentisme belge avant et pendant le génocide. La Belgique avait pourtant demandé pardon, mais sans que cela éclaircisse vraiment le ciel des relations ambiguës entre Bruxelles et Kigali.

L’arrestation pour  » incitation au génocide  » du père Guy Theunis en 2005 avait irrité le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht. Ses services avaient toutefois réussi à obtenir le transfert du prêtre à Bruxelles, où il reste sous le coup d’une enquête. Le président Kagame, qui se dit persuadé de sa culpabilité, a récemment déclaré à Jeune Afrique :  » Les autorités belges nous ont assuré qu’elles allaient traiter ce cas sérieusement, accordons-leur au minimum le bénéfice du doute.  » Pas des plus aimables…

Voilà que Kigali grimpe un palier supplémentaire en bloquant l’avion SNBA.  » Il y avait une sérieuse fuite de kérosène « , explique le directeur de l’aviation civile rwandaise, ce que confirmait le commandant de l’avion, dans un article du New Times, journal lié au FPR, le parti au pouvoir au Rwanda. Mais la thèse était battue en brèche du côté de la SNBA, pour qui l’avion était parfaitement en règle :  » Aucune réparation n’a dû être entreprise « , dit-elle. L’interview du commandant ?  » Elle n’a jamais existé.  »

Pour la diplomatie belge, l’affaire est clairement liée aux mesures prises contre un avion-cargo de la compagnie rwandaise Silverback, retenu au sol à Bruxelles-National depuis août 2005 pour manquements à la sécurité. Suite à la décision européenne d’établir une liste noire des  » avions-poubelles « , la Belgique avait signalé le nom de Silverback, qui agit en sous-traitance d’Ethiopian Airlines. Le 21 février, la Commission européenne notifiait cette décision au Rwanda. Le soir même, les autorités rwandaises retenaient l’appareil de SNBA.

Silverback a déjà fait parler d’elle pour d’autres raisons : épinglée dans les rapports de l’ONU sur le pillage du Congo, elle a également été citée en 2003 par Amnesty International dans le cadre d’un trafic d’armes depuis l’Europe de l’Est. Son directeur est Innocent Mupenzi, haut cadre du FPR et forcément très proche de Kagame. La virulence du récent incident témoigne que, de part et d’autre, on ne supporte plus la provocation. Et encore moins de perdre la face.

François Janne d’Othée

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