D’indispensables trublions

Tous les combats menés par les Rangers sont loin de reposer sur des fantasmes. Lorsqu’ils s’en prennent au scandale des pneus usagés, ils font mouche, selon l’avis largement partagé des observateurs. Ils ont ainsi obtenu le renforcement des contrôles policiers sur le terrain et ont accéléré le processus législatif en gestation pour éviter les dépôts clandestins. Dans d’autres dossiers, les Rangers disent manifestement tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. C’est le cas, par exemple, de la proximité – pour le moins ambiguë – entre des agents de la Nature et des forêts (DNF) et certains chasseurs ou propriétaires forestiers. C’est le cas, également, lorsqu’ils dénoncent les petits  » arrangements  » financiers mis au point par certains élus locaux afin de se débarrasser discrètement des déchets liés à des travaux publics : un thème qui a valu à une poignée de bourgmestres de la province de Luxembourg d’être alignés dans le collimateur de Rubbers. Et… à celui-ci de se faire attaquer en justice pour propos insultants. En outre, grâce à la médiatisation de leurs campagnes, les Rangers sont souvent vus comme l’ultime planche de salut par quantité de comités de protestataires ou d’opposants à une nuisance environnementale locale, déçus par le traitement administratif, politique ou judiciaire de leur dossier. Précédés par leur réputation, partiellement justifiée, de  » Greenpeace wallon  » (elle les fait, en tout cas, rougir d’aise), ils peuvent, en s’invitant là où on ne les attend pas, jouer un indispensable rôle d’aiguillon sur un échiquier environnemental qui manque parfois de punch.

Certains détracteurs d’Olivier Rubbers se demandent pourquoi les salaires du privé ne l’attirent pas davantage ( » Avec un bagout pareil et solidement cadré, sa carrière serait toute tracée dans le secteur commercial « ). La réponse tient en une seule explication : à part l’entretien de son ego (qu’il a bien développé), Rubbers n’est animé que par la sincérité. Il est purement et simplement outré par les libertés prises à l’encontre de l’environnement. Son association, du reste, est étroitement couplée avec la Ferme des… Castors, à Aiseau, où plusieurs ASBL organisent des activités de découvertes pour les jeunes, mais aussi la réinsertion professionnelle des exclus. Dans une région – la Basse-Sambre – très peu gâtée sur le plan socio-économique, c’est tout à son honneur. Dommage, pourtant, lorsqu’on aborde la question du financement des Rangers, que Rubbers se drape dans un voile de mystère.  » Je préfère ne pas en parler « , tranche-t-il brutalement, se contentant de faire vaguement allusion à un budget de  » plusieurs millions de francs belges  » (les Rangers sont agréés aux niveaux fédéral et communautaire). Etrange ! Ce qui est certain, c’est qu’à l’administration de la Communauté française on a un souvenir très précis de l’intense pression d’élus socialistes du Hainaut, lorsqu’il fut question de faire agréer les Rangers comme organisation d’éducation permanente.  » Une insistance aussi pesante de la part de mandataires politiques, c’était du jamais-vu « , confie un fonctionnaire.

Ph.L.

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