Di Rupo : » J’agirai dans l’intérêt du parti « 

Le président du PS se refuse à juger Michel Daerden. Il s’en remet à la procédure interne et à la décision du conseil de déontologie. Il en appelle à la  » défense du PS dans sa diversité « , tout comme il défend  » la Flandre dans sa diversité « .

Le Vif/L’Express : Pour reprendre une célèbre formule, Michel Daerden est-il un atout ou un handicap pour le parti socialiste ?

Elio Di Rupo : Nous sommes attentifs à ce qui se dit, s’écrit et se montre à son sujet. Mais quant à dire qu’il y a vraiment du neuf… Une information judiciaire est en cours. J’ai saisi le conseil de déontologie, instance indépendante du parti, qui fait son travail. Je prendrai attitude sur la base des éléments tangibles qui seront en ma possession. Quelle que soit l’amitié que je porte à Michel Daerden, j’agirai dans l’intérêt du parti. Mais dans le respect de la présomption d’innocence. Il faut être non seulement juste, mais impartial.

Malgré sa popularité, Michel Daerden ne colporte-t-il pas une image désastreuse pour le PS ?

L’image, ce sont les médias qui la produisent ! Manifestement, ils nourrissent un plus grand intérêt pour Michel Daerden que pour Paul Magnette, Laurette Onkelinx, Rudy Demotte ou d’autres gens de qualité dont regorge le PS. J’entends qu’on dit plutôt du bien de Michel Daerden dans le domaine des pensions. Qu’il est, depuis tant d’années, le premier à avoir une vision claire du problème et à formuler des propositions. A mon humble avis, le défi des pensions est un peu plus important pour le citoyen que toutes ces discussions. Michel Daerden, c’est un personnage presque romanesque. Moi, je n’ai jamais été invité à mixer aux platines lors d’une soirée…

L’image de la Wallonie n’est-elle pas écornée, notamment dans le nord du pays, par les frasques de Michel Daerden ?

Je suis toujours peiné de voir l’image de la Flandre écornée par l’importance de l’extrême droite et par la présence de la N-VA au gouvernement flamand. Je demande que l’on défende la Flandre dans sa diversité. Et que l’on défende aussi le PS dans sa diversité. N’oublions pas que Michel Daerden a été un réviseur unanimement apprécié, tant dans le nord que dans le sud du pays. Et un ministre des Transports, dans les années 1990, tout aussi apprécié. Michel Daerden a su résoudre l’hallucinant dossier de la Régie des transports maritimes, à Ostende. C’est un expert. Voilà pourquoi je l’ai chargé de relever le défi des pensions.

Même les socialistes flamands réclament son départ du gouvernement.

Le SP.A se trouve dans l’opposition au niveau fédéral, c’est leur droit d’agir ainsi. Mais ils ont leurs propres réalités à résoudre en interne. Je les encourage à adopter une stratégie qui les amènerait autour de 20 ou 25 % des voix en Flandre.

Alain Mathot, député fédéral PS, estime que l’image de Michel Daerden dissuade certains citoyens de gauche de voter socialiste.

Oh, chacun réagit à sa manière, en fonction de son histoire propre. C’est une affaire de conscience, à chacun de juger.

Michel Daerden est-il victime d’un acharnement ?

Ma mère disait :  » Les jugements dépendent de ceux qui les portent.  » Je regarde chaque fois qui est derrière tout ce qui se dit et s’écrit. Pour comprendre.

Vous n’avez pas eu autant d’égards pour Didier Donfut, qui a rendu son tablier de ministre wallon en 2009. Il a dû faire un pas de côté, alors qu’il n’a jamais été inculpé…

Les circonstances étaient différentes. Nous n’avions pas le recul nécessaire pour prendre attitude sur le fond du dossier. Nous étions dos au mur : les élections étaient là, une campagne était orchestrée contre le parti socialiste. Il ne fallait pas que le problème interfère… Nous avons demandé à Didier Donfut un geste fort.

Michel Daerden ne fait-il pas partie de ces  » parvenus « , dont vous aviez déclaré  » en avoir marre  » ?

Rien à voir. Michel subit ce que vous savez, il est sous les feux de l’actualité. Soyons patients.

Revenons sur les excès médiatiques de Michel Daerden. En fait-il trop ? Lui avez-vous déjà remonté les bretelles, pour le rappeler à plus de tenue ?

A supposer que je l’aie fait, je ne vous le dirais pas.

Cent vingt-cinq ans après la fondation du Parti ouvrier belge, l’ancêtre du PS, les socialistes ne doivent-ils pas jouer aujourd’hui constamment sur la défensive ?

Mais pas du tout ! Au contraire ! Ce sont des observateurs malintentionnés qui disent cela. Nous avons été créateurs de progrès…

Mais aujourd’hui ?

Nous restons des créateurs de progrès. Etre socialiste aujourd’hui, c’est faire en sorte que le pouvoir de la conscience l’emporte sur le pouvoir de l’argent. C’est se battre pour que le modèle néolibéral, celui de la maximalisation du profit qui rend dingue, soit radicalement modifié. Il faut du profit pour soutenir l’activité économique. Mais ce qui se passe aujourd’hui est inacceptable. Un : on élimine tous ceux qui ne contribuent pas à maximaliser le profit, les trop âgés, les lents, les moins valides, les trop jeunes, les trop peu expérimentés. Deux : on garde une minorité qui travaille à cette maximalisation du profit et que l’on jette ensuite comme un citron pressé. Et trois : il y a une minorité de la minorité qui s’en met plein les poches à coups de sommes mirobolantes et de bonus astronomiques. Tout cela pour vous dire que nous sommes à l’offensive ! Que nous nous battons pour que le monde de la finance soit au service de l’économie réelle. Pour la primauté de l’emploi et du travail.

Où est le progrès social que vous prétendez porter ?

Qui est à la base du plan Marshall en Wallonie ? IBM, Google, Microsoft : ils viennent tous s’installer chez nous ! Qui, aussi, est à la base des progrès sur le plan éthique ? Le PS. Congés payés, enseignement obligatoire, sécurité sociale : les gens de l’époque tenaient le même raisonnement que vous.  » C’est comme cela, on ne peut rien changer, ça n’arrivera pas.  » Eh bien si, ça arrive !

Vous devez tout de même en avaler, des couleuvres : la filialisation de B-Cargo, la libéralisation de La Poste, ou celle de l’énergie, qui est un échec, selon Paul Magnette.

Mais dites la même chose aux autres ! Quelles couleuvres n’ont-ils pas dû avaler quand la sécurité sociale a été fondée ? Ou quand, au milieu des années 1990, je suis parvenu à faire passer une loi sur la lutte contre le surendettement.

La Poste a créé des facteurs dotés d’un nouveau statut, à moindre coût. La politique de la direction vous dérange-t-elle ?

Oui, elle me dérange. La Poste avait besoin d’une modernisation, mais on peut vivre avec un bénéfice raisonnable tout en maintenant le rôle social du facteur. Le problème, c’est que les entreprises publiques sont régies par des règles essentiellement introduites par des directives européennes. Et, en Belgique, le PS n’est qu’une des cinq formations au gouvernement fédéral. Si nous disposions d’une majorité absolue, cela ne se passerait pas comme cela.

 » Laissez-nous entreprendre « , clament les patrons. Vous pouvez comprendre ce message ?

Oui, si cela va en parallèle avec  » Laissez-nous travailler « . Mais si la liberté d’entreprendre, c’est exploiter les autres, s’enrichir outrancièrement, puis jeter les travailleurs comme un citron pressé, c’est non. Les gens de la FEB me semblent totalement hors de la réalité. On devrait placer chaque membre du conseil d’administration de cette fédération patronale, durant un mois, dans les conditions d’un demandeur d’emploi, et puis, le mois suivant, dans celles d’un travailleur licencié. A la manière de la tendance, très prisée aujourd’hui, de passer par différentes fonctions au sein d’une entreprise. Cela leur ferait du bien.

ENTRETIEN : FRANçOIS BRABANT ET PIERRE HAVAUX

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