Des Rembrandt… à un détail près

Après Léonard de Vinci, le Sacré-Cour de Koekelberg consacre l’un des plus influents peintres du xviie siècle : Rembrandt van Rijn. Une exposition de toiles ? Pas exactement.

Maitre du clair-obscur, Rembrandt tient une place de choix dans le paysage pictural néerlandais. Particulièrement brillant, il personnifia comme nul autre l’histoire, le caractère et la mentalité des Néerlandais. Il réussit à choisir les moments les plus dramatiques, à jouer avec la lumière, à suggérer habilement le mouvement avec une maitrise technique d’un degré inouï.

Une centaine de ses £uvres sont réunies à Bruxelles pour une exposition un peu particulière puisqu’il ne s’agit pas d’originaux mais de reproductions numériques grandeur nature. Une précision susceptible d’ébranler les âmes sensibles qui n’y verront dès lors qu’une  » vulgaire  » expo-photo ! Mais restons un tant soit peu réalistes : rassembler en un même lieu – qui plus est en Belgique – les chefs-d’£uvre de Rembrandt relève de la pure utopie… Ces tableaux, dispersés à travers le monde, ne voyagent que pour des circonstances exceptionnelles, et ce n’est pas étonnant : les coûts sont colossaux, les risques de vols ou de dégradations, indéniables.

Version originelle

Autre particularité de l’accrochage, ces £uvres reproduites en haute définition ne sont pas représentées dans leur état actuel, mais dans leur version originelle, comme au sortir de l’atelier : les toiles ou panneaux découpés ont été  » recollés « , les couleurs ternies ont été ravivées, dévoilant des détails engloutis dans des pigments vieillis. La Ronde de nuit en est l’exemple le plus frappant. Considéré par Ernst van de Wetering – initiateur de l’expo et spécialiste de Rembrandt – comme une  » épave « , ce chef-d’£uvre de 1642 est ici présenté dans sa version originale, bien plus dynamique et cohérente que la version du Rijksmuseum.

Toujours est-il qu’une question brûle les lèvres : ces événements d’un nouveau genre annoncent-ils les expositions de demain ? Le concept ne laisse en tout cas pas de marbre. Les uns s’enthousiasment de découvrir avec une telle facilité quarante-cinq ans de créations d’un des artistes les plus célèbres de son époque (une perspective documentaire et scientifique impossible dans d’autres circonstances), les autres regrettent l’aura mystique et le caractère sacré que dégagent des £uvres qui ont traversé le temps. En vérité, l’émotion ressentie devant un tableau original n’est en aucun cas comparable à celle dégagée par une reproduction. Si intéressantes soient-elles, ces dernières ne réussiront jamais à traduire la merveilleuse qualité d’une véritable surface peinte, portant les marques du temps. Alors ? Faute de grives, les visiteurs se contenteront-ils de merles ?

La Grandeur… de Rembrandt. Basilique nationale de Koekelberg, parvis de la Basilique, à 1083 Ganshoren. Jusqu’au 7 mars, www.basilique.be

GWENNAëLLE GRIBAUMONT

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