Des moulins dans la tempête

Les nuages s’accumulent sur les éoliennes, pourtant en plein essor. A-t-on trompé le public sur leur potentiel écologique ?

(1) L’équivalent d’une centrale nucléaire.

Une foutaise, les éoliennes ? Des outils peu écologiques ? Depuis quelques semaines, des questions de ce type se succèdent, distillant le doute dans les esprits. Dernière critique en date, celle de Joris Soens, un doctorant en sciences appliquées à la KUL. Selon lui, le bénéfice principal des éoliennes (la diminution de la pollution au CO2) ne vaut que si le pays ne dépasse pas un certain niveau d’équipement. Au-delà de 700 Mégawatts fournis par le vent, soit environ 350 éoliennes modernes, la production d’électricité entraînerait globalement une plus grande pollution atmosphérique. L’explication est simple. Pour apporter suffisamment d’électricité au réseau durant les périodes sans vent, il est nécessaire de faire appel à des centrales d’appoint alimentées par des combustibles classiques (gaz, fuel, charbon). Ces installations sont évidemment plus polluantes, a fortiori lorsqu’il faut les (re)mettre en marche pour répondre à la faiblesse ou à l’absence de vent.

La Belgique compte actuellement plus de 150 Mégawatts éoliens dits  » installés « . En quelques années, la Wallonie a partiellement comblé son retard sur la Flandre qui, elle aussi, a vu les moulins pousser comme des champignons. Mais, avec les deux parcs off shore (maritimes) en préparation, on dépasserait la barre des 700 Mégawatts. Sans compter les projets d’éoliennes terrestres (on shore) qui sommeillent dans les cartons. Bref, à moyen terme, l’hypothèse de Soens est donc loin d’être un scénario fantaisiste.

Du côté d’Edora, la Fédération de l’électricité d’origine renouvelable et alternative, on ne l’entend pas de cette oreille.  » Mythe « ,  » croyance populaire « ,  » absurdité  » : les mots durs n’ont pas manqué pour qualifier les conclusions du doctorant, accusé d’avoir bâti son travail sur des hypothèses simplistes ou irréalistes. Parmi celles-ci, la prise en compte d’à peine trois points de mesure nationaux pour calculer la force des vents.  » Chez nous, les énergies renouvelables produisent à peine 1 % de l’électricité, explique Annabelle Jacquet, secrétaire générale d’Edora. C’est très peu si l’on compare à d’autres pays proches, comme le Danemark (25 %) ou l’Allemagne. Et, en-deça de 20 %, il n’y a pas de problème technique pour la gestion de l’offre et de la demande sur le réseau. Allons-nous dès lors devenir l’exception européenne ? »

Si les protestations venant de cette cinquantaine de producteurs, d’équipementiers et de bureaux d’étude actifs dans les énergies vertes au sud du pays (parmi lesquels Electrabel et la SPE), sont sans surprise, l’avis du gestionnaire du réseau haute tension (Elia) s’avère, lui, plus nuancé. Parmi ses missions figure l’organisation, en temps réel, des flux d’électricité véhiculée sur le réseau belge, en étroite interconnexion avec les réseaux étrangers.  » Il est exact que de petites centrales classiques, forcément plus polluantes que les éoliennes, doivent être maintenues en alerte en Belgique pour compenser la diminution de la production d’électricité due à une éventuelle diminution de la force du vent, explique Lise Mulpas, porte-parole d’Elia. Mais cette compensation peut aussi se réaliser grâce à de l’électricité produite à l’étranger, notamment là où le vent souffle avec plus de force : la Belgique est très bien interconnectée au réseau européen. Il est difficile de fixer le seuil d’équipement en éoliennes à partir duquel le gain environnemental est perdu, car nos chiffres ne concordent pas nécessairement avec ceux de l’étude universitaire. Quant à l’équilibre du réseau, il n’y a pas de problème actuellement en Belgique : nous sommes prêts à accueillir au moins 900 Mégawatts off shore (1). Le seul scénario à craindre serait celui où tous les pays maritimes européens se doteraient à l’avenir de parcs éoliens de grande taille. Qu’arriverait-il si le régime des vents devait diminuer partout en même temps ?  » Un scénario à garder en tête, mais qui n’est pas pour demain.

Philippe Lamotte

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