Des jours fériés qui sèment la zizanie

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Des magasins seront ouverts le 2 mai. Mais pas tous. Retour sur une bourde gouvernementale.

Quelle pagaille ! Tout ça parce que, cette année, le 1er Mai, fête du Travail, tombe le jeudi de l’Ascension, autre jour férié. Profitant de l’aubaine, à quelques encablures des élections législatives de juin dernier, le ministre de l’Emploi de l’équipe Verhofstadt II, Peter Vanvelthoven (SP.A), avait décidé d’imposer le vendredi 2 mai comme jour férié de remplacement. Les salariés auraient ainsi droit à quatre jours de repos de suite.

Aussitôt, beaucoup d’entreprises, surtout celles de la distribution, crient casse-cou. Le manque à gagner serait énorme : 285 millions d’euros, selon la Fédération de la distribution (Fedis). Sans parler des problèmes d’approvisionnement alimentaire.

Sitôt nommé ministre de l’Emploi sous Verhofstadt III, Josly Piette, ancien secrétaire général de la CSC, annonce son intention de réformer l’arrêté royal voulu par son prédé- cesseur. Il n’avait guère apprécié que Peter Vanvelt- hoven eût négligé l’avis unanime des interlocuteurs sociaux, opposés à l’idée d’un long week-end obligatoire. Le 2 mai sera donc férié pour les entreprises qui le souhaitent. Pour les autres, le congé du 1er Mai sera reporté à une autre date, fixée avec les représentants syndicaux, par secteur d’activité ou par entreprise. Dans les sociétés dépourvues de délégation syndicale, l’employeur négocie directement avec le personnel.

Nombre d’entreprises et d’administrations maintiendront le congé de quatre jours. Les crèches, écoles, bureaux de poste et administrations garderont portes closes au lendemain de l’Ascension. Dans la distribution, en revanche, les négociations s’entament immédiatement. Faute de temps et, peut-être, de bonne volonté, aucun accord n’intervient au niveau du secteur. Les discussions se déroulent donc dans les entreprises, avec des succès variés.

Un salaire multiplié par quatre

Côté syndical, le Setca (syndicat des employés à la FGTB) s’arc-boute sur un non de principe. Car, dit-il, à l’avenir, rien n’empêchera plus de faire travailler les salariés le lundi de Pâques, contre pièces sonnantes et trébuchantes.  » Pour nous, aucun magasin ne doit être ouvert le 2 mai, assène Myriam Delmée, vice-présidente. C’est une question d’égalité entre les travailleurs.  » De son côté, la CNE (CSC) préfère négocier au cas par cas. A deux conditions : seuls les volontaires travailleront le 2 mai et pour un salaire gonflé à 300 %, comme pour le travail dominical.

Pour convaincre leurs troupes d’être présentes le 2 mai, nombre d’employeurs leur promettront d’ailleurs une double récupération de ce jour de repos légal, ainsi qu’un salaire multiplié par trois, voire par quatre, pour cette seule journée, comme chez Lidl. La proposition est alléchante : le pouvoir d’achat est au c£ur de tous les débats.

La direction de Colruyt obtient vite l’accord des syndicats. Il n’en sera pas de même chez Carrefour et Delhaize. Pourtant, des travailleurs étaient demandeurs, assurent les dirigeants.  » C’est le rapport de force entre syndicats qui a déterminé quels seraient les magasins ouverts ou fermés le 2 mai, lance Dominique Michel, administrateur délégué de la Fedis, en dénonçant l’attitude du Setca.

Quelle joyeuse fête du Travail ! Mais dormez, bonnes gens. Pareille collision du 1er Mai et du jour de l’Ascension ne se produira plus avant 2160.

Laurence van Ruymbeke

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