Des femmes en colère

Choquées par les propos sexistes et le silence des hommes politiques sur la victime présumée dans l’affaire DSK, les féministes sont montées au créneau. Les jeunes surtout.

Sale temps pour les French lovers. Voilà un DSK menotté comme une vulgaire canaille, payant son appétit dévorant pour les femmes sans savoir si la facture va, ou non, s’alourdir. Les féministes auraient secrètement de quoi se réjouir des avanies strauss-kahniennes. Oui, mais voilà : la disgrâce de l’ex-figure de proue socialiste a fait remonter de méchants relents sexistes dans les conversations de la gent masculine. Le viol dont aurait été victime la femme de chambre ?  » Un troussage de domestique « , pour le journaliste et militant centriste Jean-François Kahn. Ces images de  » Dominique « , les mains attachées dans le dos ?  » J’en avais les larmes aux yeux « , s’est ému le député socialiste Manuel Valls, sans un mot de compassion pour celle qui se trouvait, ce samedi-là, vers 12 heures, dans la suite luxueuse du président du FMI. Ce sont les jeunes féministes de gauche qui sont parties les premières en campagne, de Clémentine Autain, un temps proche des communistes, aux filles à peine trentenaires d’Osez le féminisme (OLF), en passant par l’écologiste Cécile Duflot. Pourquoi cette empathie à sens unique, ces commentaires insultants, ces blagues sexistes sur le Net ? ont-elles tempêté. En revanche, on a peu entendu ces  » sufragettes  » sur la  » vie d’avant  » de DSK, ses conquêtes, sa réputation de  » dragueur un peu lourd  » – aspects que les journalistes et les dirigeants du PS se voient pourtant aujourd’hui reprocher de n’avoir pas mentionnés. Outre ses sympathies partisanes, la jeune garde féministe n’a, d’évidence, aucune envie d’être suspectée de puritanisme, vilain mot de l’époque. Magali de Haas, membre d’OLF, le martèle : il ne faut pas confondre  » liberté sexuelle  » – chacun, homme politique ou pas, fait ce qu’il veut de son corps – et  » violences faites aux femmes « . Son mot clé ? Contrainte.  » On a peut-être par le passé, au nom de la liberté sexuelle, dédouané Strauss-Kahn, concède-t-elle, mais le vrai problème, ce sont les 75 000 femmes violées en France, victimes des idées reçues sexistes, dont seulement 10 % portent plainte par peur des conséquences.  »

 » DSK est un symptôme politique de notre société « 

Celles qui lisent clairement dans cet ahurissant feuilleton l’illustration tragique des abus de pouvoir sexistes en politique seraient plutôt à chercher du côté des  » anciennes « . Pour Christine Fauré, militante MLF de la première heure, l’affaire DSK remet en lumière le célèbre tandem dominant-dominé – formule qui retrouve là une seconde jeunesse. Dans cette histoire, il s’agit moins de dénoncer un individu qu’un système entier tournant de travers.  » DSK est un symptôme politique de notre société, estime cette sociologue, chercheuse au CNRS, qui a dirigé une Nouvelle Encyclopédie politique et historique des femmes (Les Belles Lettres). Aujourd’hui encore, on occulte l’agressivité sexuelle de comportements individuels qui ont pourtant des effets publics.  » Et l’historienne de citer l' » université, terrain de harcèlement sexuel assez grandiose où règne le chantage au diplôme et à la promotion « .

 » Reste une grande difficulté, que toute l’histoire juridique du viol met en lumière, conclut Georges Vigarello, auteur d’une Histoire du viol (Seuil) : comment parvenir à définir les seuils de violence qui nous permettent de dire à partir de quand l’étape criminelle est franchie ? « 

CLAIRE CHARTIER

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