De plus en plus de jeunes dans les CPAS

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Difficultés financières, éclatement des familles, assuétudes : les moins de 25 ans poussent de plus en plus fréquemment la porte des CPAS pour réclamer de l’aide.

Ils sont environ 12 000 : en Région wallonne, 1 jeune sur 25, dans la tranche d’âge des 18 à 25 ans, dépend directement d’un CPAS (Centre public d’action sociale). Ensemble, ils représentent près d’un tiers des bénéficiaires du droit à l’intégration sociale en Wallonie.  » Les CPAS accueillent, de fait, une population de plus en plus jeune, relève Ricardo Cherenti, chef de service à la Fédération des CPAS de l’Union des villes et communes de Wallonie. Y compris des moins de 18 ans. « 

Depuis 2002, la loi a certes changé. Elle permet dorénavant à des jeunes aux études de bénéficier de l’aide des CPAS. Est-ce cela qui justifie leur augmentation dans les statistiques ? Pas seulement.  » Il y a dix ans, la population à laquelle nous étions confrontés provenait majoritairement du quart-monde, et nous ne pouvions pas faire grand-chose pour elle en termes de réinsertion socioprofessionnelle, rappelle Stéphanie Petrov, responsable de l’aide individuelle au sein du CPAS de Namur. Aujourd’hui, de nouvelles formes de pauvreté sont apparues : des salariés disposant de revenus moyens mais incapables de payer leurs factures, ou surendettés, viennent nous voir. Des mamans seules avec des enfants. Des personnes gravement malades ou victimes de restructurations économiques.  » Tandis que le nombre de dossiers à suivre augmente, leur complexité fait de même : davantage que par le passé, les gens cumulent différents types de problèmes.

Ce phénomène de paupérisation, aggravé par la crise économique, touche aussi les jeunes, qui se tournent alors, plus qu’avant, vers les CPAS. Leurs profils et leurs parcours sont très différents : certains sont en rupture familiale ; d’autres, confrontés à de lourdes assuétudes, à des faits de violence ou à des problèmes psychiatriques. Les uns sont en décrochage scolaire depuis des années, d’autres sont des étudiants brillants. Dans quelques familles éclatées puis recomposées, il arrive aussi qu’il n’y ait plus de place pour un grand adolescent… L’enquête sociale devra l’attester, comme elle devra conclure à l’insuffisance de revenus dans la famille, responsable de l’entretien financier de ses membres.  » Il y en a aussi qui débarquent au CPAS le jour de leurs 18 ans pour réclamer ce qu’ils considèrent comme un droit au revenu, raconte Stéphanie Petrov. Leurs parents et grands-parents ont toujours émargé au CPAS.  » D’autres frappent à la porte parce que leurs parents s’opposent à ce qu’ils fument des joints ou parce qu’ils rêvent juste de vivre leur vie en toute autonomie… Les pendules, alors, sont remises à l’heure.

Retrouver ou continuer des études

Les jeunes de 18 à 25 ans – avec, parfois des exceptions en deçà de 18 ans -, ont donc accès aux services des CPAS pour autant qu’ils y signent un contrat.  » L’esprit de la loi, c’est qu’il n’est pas question de les aider sans leur demander une forme de contrepartie « , précise Philippe Defeyt, président du CPAS de Namur et coauteur d’une étude sur les Jeunes et les CPAS en Wallonie.  » Il est normal de leur fixer des obligations par rapport à la collectivité qui les soutient, embraie une assistante sociale. Certains jeunes, qui bénéficient du revenu d’insertion plus de mesures ponctuelles d’aide sociale, ont, chaque mois, un revenu supérieur à celui de l’un ou l’autre salarié.  » Selon les cas, ils s’engagent dès lors à suivre une formation, à terminer leurs études, à décrocher un emploi, voire à apprendre à lire et à écrire.

La loi de 2002 incitait aussi les CPAS à encourager  » leurs  » jeunes à retrouver ou à continuer des études. En 2007-2008, c’était le cas, en Wallonie, pour quelque 4 800 d’entre eux, deux fois plus qu’en 2002. D’une commune à l’autre, le taux de remise aux études des jeunes varie toutefois fortement, bien que le financement du revenu d’insertion par le pouvoir fédéral soit légèrement supérieur pour un étudiant que pour un jeune qui n’est pas aux études (75 % au lieu de 65 % en moyenne).

Rien n’explique, précisément, ces différences.  » La loi n’a pas donné aux CPAS les moyens financiers suffisants pour soutenir les bénéficiaires dans leurs études, avance Ricardo Cherenti. Une commune n’est pas l’autre non plus, notamment en termes de profil de population. Ainsi, à La Louvière, qui affiche le taux de remise aux études des jeunes le plus élevé de Wallonie, il y a, d’une part, beaucoup de jeunes, d’autre part, beaucoup d’écoles sur le territoire de la commune, et, enfin, une politique très volontariste du CPAS en ce sens. Mais en Wallonie, 80 % des communes sont rurales et dépourvues d’écoles. Il est donc un peu court d’affirmer qu’il s’agit juste d’un choix politique. « 

Agir en amont

Les CPAS n’en restent pas moins libres de favoriser ou non ce retour des jeunes aux études. Il n’y a ni évaluation de leur action en la matière, ni sanction, ni contrainte. On voit mal, d’ailleurs, comment en instaurer. D’autant que les CPAS financent partiellement les études de ces jeunes… A eux seuls, les CPAS de Liège et de Charleroi prennent en charge près de 20 % des étudiants des CPAS wallons. Selon la Fédération des CPAS de l’Union des villes et communes de Wallonie, 60 % de ces jeunes réussiraient leurs études. On ne dispose en revanche d’aucune statistique sur le type d’enseignement suivi ou les filières choisies.

Au bout du compte, le CPAS parvient-il à remplir sa mission vis-à-vis des jeunes qui s’adressent à lui ?  » Non, ça ne marche pas, lâche une assistante sociale. Quand les jeunes arrivent chez nous, il est souvent déjà trop tard. C’est en amont qu’il faudrait agir, au niveau de la prise en charge par la famille et par l’école. En moyenne, sur vingt nouvelles demandes d’aide qui sont introduites ici, quinze proviennent de personnes qui sont déjà venues par le passé. Leur réinsertion n’est donc pas gagnée. « 

LAURENCE VAN RUYMBEKE

 » quand les jeunes arrivent chez nous, il est souvent déjà trop tard « 

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