De Mao au Pékin moderne

Dès les années 1970, il révélait les violences de la Révolution culturelle. Aujourd’hui, il dénonce un pays toujours en mal d’humanité

La Mort de Lao She, par Liu Xinwu. Trad. par Françoise Naour. Poisson à face humaine. Trad. par Roger Darrobers. Poussière et sueur. Trad. par Roger Darrobers. Bleu de Chine, 60, 56 et 120 p.

La Chine, rien que la Chine, tel est le slogan de Geneviève Imbot-Bichet, qui a fondé, en 1994, une maison d’édition au poids d’hirondelle et au nom d’azur, Bleu de Chine, où elle a déjà publié une centaine de livres. Au programme, ce printemps, un recueil de nouvelles signées par une rescapée du maoïsme (La Douzième Nuit, de Tie Ning), une plongée dans la Chine rurale (Du thé d’hiver pour Pékin, de Liu Xinglong) et un petit bijou à la Perec, Pour qui s’élève la fumée des mûriers ?, où la malicieuse Jiang Zidan raconte comment il faut s’y prendre pour écrire un roman, avec les chinoiseries d’usage.

Quant à l’auteur phare des éditions Bleu de Chine, qui viennent de publier trois de ses livres, il se nomme Liu Xinwu. Né en 1942, dans le Sichuan, ex-professeur de lycée, il fut l’un des pionniers de cette  » littérature des cicatrices  » qui, à la fin des années 1970, révéla toutes les violences de la Révolution culturelle. Ces violences, on les retrouve dans La Mort de Lao She, une pièce de théâtre où Liu Xinwu met en scène le magistral auteur de Quatre Générations sous un même toit, lequel disparut tragiquement, le 24 août 1966, sur les rives d’un lac pékinois, après avoir été tabassé par les Gardes rouges. Leur ombre sinistre rôde aussi dans Poisson à face humaine, un bref et modianesque récit où, le temps d’une course en taxi, une femme rameute les fantômes de son passé, lorsque la Chine stagnait dans les eaux croupies de la dictature communiste.

Avec Poussière et sueur, Liu Xinwu change de registre et d’époque, pour dépeindre les bouleversements urbains du Pékin d’aujourd’hui : gros plan sur un travailleur fraîchement débarqué de sa campagne qui se frotte aux tumultes d’une cité déboussolée où les sirènes de la réussite et de la croissance côtoient les démons de la pauvreté, de la marginalité, de l’exclusion. Sous la plume d’un chroniqueur minutieux dont l’£uvre survole la Chine d’hier et de maintenant pour en dévoiler les multiples visages, avec toutes leurs cicatrices.

A.C.

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