De l’eau au moulin des Flamands

de dorothée klein

C’est plus fort qu’elle. Joëlle Milquet (CDH), vice-Première ministre en charge de l’Emploi, n’a pas son pareil pour se mettre la Flandre à dos. Le gouvernement fédéral l’a chargée de créer 200 000 emplois. Elle a rédigé une  » note de politique générale  » dont elle devrait dévoiler les mesures concrètes, ce vendredi, au Conseil des ministres. Mais, dès mardi, la presse flamande accusait  » Madame Non  » d’organiser de nouveaux transferts.

Premier impair : la présidente du CDH a beau brandir l’étendard de l’unité de la Belgique, elle a réservé, lundi, la primeur de son plan à deux médias francophones. Elle a snobé la presse flamande. Deuxième erreur : elle a insisté sur la nécessité d’accompagner les demandeurs d’emploi. La réplique de Frank Vandenbroucke (SP.A), vice-président du gouvernement flamand, a été sèche :  » l’activation  » des chômeurs relève des Régions. Pas du gouvernement fédéral. Vandenbroucke a déploré en outre l’absence de concertation avec les entités fédérées. Troisième faute : la proposition la plus controversée porte sur l’octroi par l’Onem d’une prime mensuelle de 75 euros aux sans-emploi qui accepteraient un job dans un arrondissement au taux de chômage moins élevé que chez eux. Cette mesure profiterait principalement aux Wallons et aux Bruxellois. Haro. Jean-Marie Dedecker, leader du parti populiste et nationaliste Lijst Dedecker, a dénoncé un  » énième flux financier vers la Belgique francophone « . Les parlementaires de la N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie) ont jugé  » onaanvaardbaar  » (inacceptable) cet  » extra transfer  » de la Flandre vers la Wallonie.

En favorisant une plus grande mobilité entre les Régions, Joëlle Milquet pensait contrecarrer la volonté flamande d’une régionalisation plus poussée du marché de l’emploi, un des enjeux de la seconde phase de la réforme de l’Etat annoncée pour le 15 juillet. Elle a récolté l’effet inverse. Et apporté de l’eau au moulin des Flamands.

Le résultat est désastreux. Il accrédite l’idée que les Wallons sont paresseux. Et qu’il faut les payer pour qu’ils daignent décrocher un boulot en Flandre. Ce qui est faux. 4,8 % des salariés wallons travaillent déjà en Flandre (contre 1,2 % de salariés flamands en Wallonie). Dans le top 10 des grands navetteurs, on retrouve sept communes wallonnes pour trois flamandes.

Pis : entretenu par la Flandre, le cliché d’une Wallonie d’assistés sociaux est renforcé. Ce qui relève de la stigmatisation et non de l’information objective. Bien sûr, la Flandre figure parmi les régions les plus prospères de l’Union européenne. Mais, selon une étude récente du Pr Michel Quévit (UCL), elle se situe loin derrière le top 3 formé par Londres, Luxembourg et Bruxelles. Quant à la Wallonie, son produit intérieur brut est en dessous de la moyenne européenne. Il est toutefois comparable à celui de régions de tradition industrielle qui n’ont pas fini de redresser leur économie, comme la Lorraine et le Nord-Pas-de-Calais. Enfin, la croissance du taux de productivité des travailleurs wallons se rapproche de celle de la Flandre. Voilà le signe d’un nouveau dynamisme économique qu’on ne peut nier.

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