D’art et de mort

Un récit de Vincent Engel qui relie Venise à la Toscane deMontechiarro

Après Retour à Montechiarro, Vincent Engel poursuit son « caprice italien » avec ce roman qui a pour décor la Venise de 1848-1849, au temps de l’éphémère république de Daniele Manin, bientôt matée par le retour des Autrichiens. Le livre débute trente ans plus tard, avec l’échange de lettres entre le compositeur Giacolli, exilé à Berlin, et son disciple Jonathan, parti récupérer dans la Cité des doges la partition d’une messe que son maître, désormais improductif, y a abandonnée lors des troubles. Cet échange épistolaire alterne avec le déroulement des faits vécus par Giacolli dans cette Venise en pleine révolution où il a réussi, contre vents et marées, à adopter un neveu dont il ignore le sort.

Outre les protagonistes – réels et imaginaires -, les héros de ce livre sont aussi la musique en gloire et la ville elle-même, dont Engel nous épargne la carte postale pour mêler, avec réalisme et un évident souci de vérité historique, le contexte d’une Sérénissime en pleine convulsion aux mystères, servitudes et illuminations de la création artistique. Cette fois, c’est entre l’art et la mort que se Venise se joue un sinistre carnaval. Le style est vif, les dialogues, allègres, et certains portraits, comme ceux de la célèbre danseuse Taglioni ou du cynique marquis Bulbo et de sa cour de parasites crétinisants, valent le détour. Sans parler de celui de Giacolli lui-même, dont la complexité se précise au fil des lettres – tantôt rageuses, tantôt attendries – qu’il adresse à son disciple. On retrouve plusieurs des personnages qui ont hanté Montechiarro, dont le père Baldassare, le comte Della Rocca ou encore l’étrange et intemporel Asmodée Edern, compromis entre le juif errant et le démon omniscient que célèbre son prénom.

Parallèlement, Engel publie Raphael et Laetitia, un court récit dans la ligne des contes de voyageurs ou de « devisants », mais dont , en l’occurrence, la malice affamante n’épargne ni les commensaux du conteur ni le lecteur de ce romansonge… Du reste, les héros ne sont pas étrangers aux deux livres évoqués plus haut. Faut-il dès lors considérer ce texte comme la bande-annonce d’un nouveau wagon à accrocher au convoi italien où, là aussi, l’auteur semble avoir pris soin de ménager des interrogations en forme de points d’attelage? A suivre donc…

Gh.C., Requiem vénitien, par Vincent Engel. Fayard, 342 p. Raphael et Laetitia, par Vincent Engel.

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