Convivial ?

La convivialité, est-elle une mode ou le signe de quelque chose de plus important ?

Christian Vassart, BruxellesLa convivialité, c’est vivre ensemble avec la connaissance de la joie qui découle de cette communauté recherchée ou occasionnelle. Notion vieille comme le monde (de l’humain), elle est un signe majeur d’humanité. Au fil du temps, elle a offert aux hommes la possibilité de n’être pas seulement soumis aux lois ou aux conventions qui définissaient leurs obligations réciproques mais d’aller au-delà. Elle se distingue de l’amour et de l’amitié dans la mesure où ces derniers expriment des modalités de vie précises entre personnes et ce dans la continuité de cette relation. La convivialité, soucieuse de rendre supportables les formes dominantes qui ont réglé et règlent la vie sociale, ne recherche qu’une bonne volonté sans arrière-pensée et qu’un optimisme qui ne se dément jamais. Lors même qu’elle se termine mal, on ne conserve que le souvenir des moments où elle s’est épanouie.

La convivialité fait actuellement contrepoids au rapport mercantile. Non seulement elle nie la nécessité de toujours jauger l’échange en fonction d’avantages économiques, mais elle fait sentir l’évidence bienheureuse d’un univers parallèle. Si elle coexiste avec le libre-échange planétaire, c’est pour en refuser le monopole dans l’établissement des liens sociaux. D’une certaine manière, elle est plus radicale que l’amour et l’amitié, car ces derniers se limitent à constituer au sein des réalités marchandes des enclos qui, à la fois, prétendent agir en dehors de celles-ci, sans pour autant se débarrasser des contraintes qu’elles font peser.

Sa radicalité découle précisément de ce qu’elle offre un échange ouvert, multiple, occasionnel et… d’une efficacité essentielle puisqu’elle atteint généralement l’objectif recherché : vivre ensemble avec la connaissance de la joie qui s’attache à une communion désintéressée et partagée. Dans ce sens, elle exprime un aspect de la sociabilité tenu longtemps pour marginal, voire anecdotique : le don. L’ethnologue français Marcel Mauss (1872-1950), dans L’Essai sur le don (1925), a mis l’accent sur son universalité civilisatrice. Certes, le don suppose la réciprocité… mais pas le marché. La convivialité s’apparente au don que chacun fait de soi, de sa parole, de son temps, de ses façons d’être, ne demandant pour réciprocité que le bon vouloir de l’autre. Elle n’est plus un calcul mais une façon d’être soi grâce à l’accueil des autres. Le chacun pour soi devient le chacun pour les autres, inventif et tenace. Jean Nousse

M. Michel, Virton

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