Comment on épargne (en partie) l’école

Soraya Ghali
Soraya Ghali Journaliste au Vif

On guettait les coups de griffe de la Communauté française dans l’enseignement :les écoles et les universités sont touchées, les profs ménagés.

Alors épargnée, l’école ? On a viré ce qui fâchait les profs, en tout cas. Ils auront bien leur augmentation salariale (1 %) promise dans l’accord sectoriel. Ceux du secondaire ne  » travailleront pas plus et pas plus longtemps « . Après 2010 ? Il fallait d’abord trouver dans l’enseignement 12,6 millions d’euros avant la fin décembre, et finalement 50 millions pour 2010, répond l’exécutif Demotte. Avec un scénario noir connu : jamais la Communauté française n’a vu ses recettes (qu’elle reçoit du fédéral) plonger à une telle profondeur : en 2009, – 400,275 millions d’euros, – 559 millions l’an prochain. Pour 2010, partout, on a rogné sur les dépenses (477 millions) et maximisé les recettes (109). Au total, 586 millions d’économies, dont 450 cédés par la Région wallonne. La Région  » fait bien l’essentiel de l’effort, permettant surtout à l’école d’être dispensée d’efforts réels « , se vante André Antoine. L’art budgétaire est aussi celui de la communication… En réalité, dans l’éducation, l’économie n’est pas à chercher chez les profs, mais du côté des écoles et de leurs frais de fonctionnement : ils en portent la moitié. Ce qui ne fait pas bondir de joie le réseau libre. Pour autant, les responsables syndicaux redoutent que le plus dur reste à venir.

La trajectoire de retour à l’équilibre s’accélère en effet dès 2011 : – 715 millions d’euros cette année-là, – 536,3 en 2012, – 357,5 en 2013, – 178,8 en 2014. Pour le gagner en 2015. Qui supportera ces efforts ? Les politiques n’ont pas expliqué comment on allait faire. Mais l’école, c’est sacré, précisent-ils. Derrière cette alliance de bon ton, l’olivier s’est étripé jusqu’au bout sur l’éducation : entre la victoire à l’extérieur (tout faire pour épargner l’école) et les matchs à domicile (tout faire pour se réserver des arguments de vente), la jeune équipe joue beaucoup moins le collectif. A la sortie des vestiaires, Marie-Dominique Simonet semble bien avoir obtenu une baisse des économies demandées à son département. Au-delà de 2010 même. Après un démarrage difficile – on se souvient que ses collègues l’avaient lâchée alors que  » sa  » feuille de route avait été discutée avec Ecolo (Jean-Marc Nollet) et le PS (Anne Poutrain) -, la revanche est là.

2010 : ce qui est acquis

1. On se donne du mou. La Communauté française lissera les moyens de fonctionnement des écoles (chauffage, entretien, matériel didactique…), sans amputer les salaires et l’encadrement. En clair, elle ralentit le tempo des augmentations prévues dans l’enseignement par l’accord de la Saint-Boniface. En 2010 comme en 2011, les écoles toucheront 20 millions d’euros au lieu de 40 (soit 50 %). On passe ensuite à 30 millions (75 %) en 2012, pour tourner à plein régime dès 2013. Ce lissage vise aussi l’université (notoirement sous-dotée) : son refinancement de 30 millions étalé sur 8 ans se fera sur 15 ans, soit 2 millions d’euros (au lieu de 4) à partir de 2010.

2. On préserve l’encadrement différencié. Son financement passera de 15 millions d’euros cette année (qui a permis entre autres d’engager 700 profs) à 25 millions l’an prochain.

3. Pas de politiques nouvelles. On concrétise des mesures déjà dévoilées. Ainsi, on reporte à 2013 l’engagement de conseils prévention dans les écoles (6 millions). On supprime le budget réservé aux jours blancs qui suivent les examens de juin (2 millions). On réduit le nombre de chargés de mission (625 000 euros en 2011, 2 millions en 2014). Egalement écartée l’idée d’adoucir les frais d’abonnement scolaire SNCB (6 millions) et ceux de  » classes vertes  » (1 million)…

4. On taille dans les budgets des para-communautaires : RTBF, lourdement (lire ci-contre), ONE, etc. Les subsides des opérateurs culturels subventionnés sont gelés. On ralentit aussi le rythme des investissements dans les infrastructures culturelles.

5.à mais on promet de créer 2 000 places d’accueil pour la petite enfance d’ici à la fin 2010 ; on ne sabre pas dans les budgets de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse ; on maintient les allocations et bourses d’études, les abonnements Tec et Stib à 50 % jusqu’à 24 ans.

L’après-2010 : ce qui reste sur la table

1. L’épineuse question du départ des profs à 55 ans. On a décidé d’en rediscuter lors des prochaines négociations sectorielles… en 2010. Mais on se doute que l’idée résistera aux critiques qu’elle avait soulevées. Notamment celles des syndicats. Gain : 8 millions en 2012, pour atteindre 61 millions en 2015.

2. Au-delà de 2010, on ne sait pas grand-chose. On continuera évidemment à se passer de politiques nouvelles (lire ci-dessus). Et on imagine déjà des pistes de solidarité intergouvernementales. Même si il n’en a pas l’air, il s’agit bien d’un budget d’austérité.

Soraya Ghali

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