Clotilde Nyssens (CDH) –  » Parlons de la vie, pas de la mort « 

Les sujets éthiques pourront-ils être débattus au sein du gouvernement Leterme, où le CD&V et le CDH freinent des quatre fers? Voici l’avis de Clotilde Nyssens (CDH), une sénatrice spécialiste en la matière.

Les partis socialistes et libéraux reprochent aux partis chrétiens, revenus au pouvoir, de bloquer toute reprise des débats éthiques. A nouveau muselé, le Parlement ?

E Je ne crois pas. Le Parlement a prouvé qu’il pouvait débattre longuement d’une matière aussi délicate que l’euthanasie. Il faut lui en laisser le temps. En octobre 1999, les libéraux et les socialistes pensaient dépénaliser pour Noël ! Cela a pris plus de deux ans, finalement… Aujourd’hui, d’accord pour se parler. Mais l’heure est plutôt aux évaluations.

Les lois dites  » éthiques  » (euthanasie, mariage homosexuel, expérimentation sur embryons) sont-elles de bonnes lois ?

E Je ne sais pas. Je ne les ai pas votées. Il faut accepter les décisions prises par la majorité. Ce sont des lois sensibles dans des matières qui touchent les gens. Il faudrait interroger la population et le corps médical, par exemple. C’est avec eux que j’ai envie de débattre. Davantage qu’avec des collègues parlementaires qui ont un côté militant.

Comment concilier l’inconciliable ?

E Je me méfie de la pression exercée par un courant de pensée, par des personnes  » éclairées  » qui pensent détenir la vérité. Une petite poignée de parlementaires veut décider ? Au gouvernement de se mouiller ! A lui de définir l’ordre des travaux.

Quid de majorités alternatives au Parlement ?

E Je n’aime pas. Ce gouvernement  » coloré  » doit rechercher la cohésion sur tous les sujets. Chaque partenaire devrait se mettre à l’écoute des autres et réhabiliter le respect. Il ne peut plus y avoir de coup de force sur ce terrain délicat.

Mais si le CD&V, votre parti  » frère « , refuse toute discussion ?

E Je ne pense pas que le CD&V souhaite tout bloquer par principe. Il refuse d’aller de l’avant comme ça, sans réflexion. Ne nions pas ce fait politique : ce parti dirige la man£uvre et possède en ses rangs le Premier ministre.

Autoriser l’euthanasie pour des mineurs ou des personnes inconscientes qui en auraient préalablement émis la demande, c’est non ?

E C’est non ! Le projet initial de dépénalisation s’appliquait à des adultes conscients faisant un choix en toute rationalité. Il faut désormais poser des limites. Et renverser la logique : plutôt que chercher à étendre sans cesse la loi, à légiférer en fonction de cas particuliers, notre société ne devrait-elle pas dire à ses malades combien elle tient à eux ? Moi, je demande un discours sur la vie. Pas sur la mort.

Mais des gens souffrent et réclament le droit de mourir dignement… ?

E Je ne nie pas ça. Moi non plus, je n’aime pas la souffrance. Mais on peut voir les choses autrement. Parlons, par exemple, des maladies chroniques, comme l’Alzheimer, dont souffrait l’écrivain flamand Hugo Claus. La société doit apprendre à vivre avec ces malades.

L’option des libéraux et des socialistes flamands, les plus pressés à l’heure actuelle, est très différente…

E … Oui. Ils sont influencés par le  » cas Claus  » et le modèle hollandais. Aux Pays-Bas, tout doit être réglé de manière très précise par la loi. La liberté et l’autonomie individuelle sont jugées primordiales. Ce qui m’importe, moi, c’est le regard de la société sur moi-même.

L’Open VLD cherche à marquer des points face au CD&V ?

E Oui.  » Ils sont à nouveau là ; nous allons les combattre.  » Les libéraux flamands veulent se distinguer à tout prix.

Est-il vrai qu’en Flandre, on voudrait revenir sur des acquis de la loi de dépénalisation de l’avortement ?

E Rien entendu à ce propos.

Propos recueillis par Philippe Engels

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