Cinq discours qui ont marqué

13 janvier 1959 :  » Conduire le Congo à l’indépendance « 

Des émeutes viennent d’éclater au Congo : la colonie réclame son indépendance. En Belgique, c’est la surprise. Le 13 janvier, Baudouin s’exprime sur les ondes de l’INR. Seuls quelques ministres sont au courant de l’initiative. Le roi promet de  » conduire, sans atermoiements funestes mais sans précipitation inconsidérée, les populations congolaises à l’indépendance « . Le message est limpide, les mots ont du poids. L’intervention personnelle royale accrédite l’idée que, définitivement, on ne reviendra plus en arrière. Pour l’historien Vincent Dujardin, ce discours est peut-être un des actes les plus importants posés par Baudouin au cours de son règne.

24 mai 1961 :  » L’héritage du christianisme « 

Baudouin est l’invité du général de Gaulle, à Paris. Lors du souper offert par le président français, le roi vante les  » valeurs essentielles qui sont à la base de notre civilisation et qui sont l’héritage du christianisme « .  » Morceau d’anthologie « , commentent certains journaux. Mais à gauche, les propos ont du mal à passer. Les critiques viennent notamment du sénateur socialiste Henri Janne, qui affirme que le discours nie le pluralisme caractéristique de la société. Problème : le ministre des Affaires étrangères, qui couvre le discours, est Paul-Henri Spaak, un socialiste ! Bisbrouille au PSB : Spaak n’avait pas vu ce qui allait choquer ses camarades…

31 mars 1981 :  » Nous sommes en guerre « 

C’est la crise. Complète. Institutionnelle, financière et socio-économique. Le 31 mars, Wilfried Martens présente sa démission au roi. Baudouin lance alors une initiative inhabituelle. Avec l’accord de son Premier ministre, il convoque à Laeken 19 personnalités. Il y a là des présidents de parti, des dirigeants syndicaux… Les mots de Baudouin claquent :  » Nous sommes en guerre : guerre pour la survie de notre appareil économique, pour le bien-être de tous et surtout des moins favorisés, pour notre place dans le monde.  » Certains observateurs applaudissent, d’autres regrettent le retour de tendances autoritaires. Selon l’historien Emmanuel Gerard, c’est l’un des moments les plus forts du règne de Baudouin.

31 janvier 2006 :  » Séparatisme explicite ou feutré « 

Palais de Bruxelles : Albert II s’exprime devant les autorités du pays. Il parle des tensions entre Régions, des transferts financiers Nord-Sud. Avant de mettre en garde : on ne trouvera la solution ni dans  » le développement de sous-nationalismes « , ni dans  » un séparatisme explicite ou feutré « . La formule fait mouche. Et fait mal. Beaucoup d’observateurs y voient une attaque contre la Flandre nationaliste et le CD&V d’Yves Leterme, qui n’apprécie pas les paroles du roi. Du côté du Vlaams Belang, on parle même du  » pire discours antiflamand jamais prononcé « . Et pourtant : à plusieurs reprises, Baudouin avait déjà condamné  » toute forme de séparatisme explicite ou larvée « . Albert avait même repris l’expression en 1996. Le poids du contexte…

21 juillet 2011 :  » La nécessité de former un gouvernement « 

Depuis les élections de juin 2010, les négociations patinent. En ce jour de fête nationale, toujours pas de gouvernement en vue… C’est un souverain en colère qui apparaît sur les écrans de télévision du royaume. L’homme déplore et met en garde :  » Je ne serais donc pas fidèle à mon rôle si je ne rappelais pas solennellement les risques qu’une longue crise fait courir à tous les Belges.  » Plus encore que ses mots, c’est son non-verbal qui frappe. L’appel du pied passe par des index levés et des poings sur la table. Loin de l’image débonnaire du roi-bon-papa-gâteau ! Dans les jours qui suivent, la crise se débloque quelque peu : le CD&V se distancie de la N-VA et l’espoir revient à la table des négociations…

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