Cinq costumes retaillés sur mesure

Compte à rebours enclenché pour la mue des cinq programmes du service public. Trois nouvelles enseignes y apparaissent. Objectif : cibler les publics et faire mieux

Les auditeurs de Fréquence Wallonie et de Bruxelles-Capitale croiront à une grève de la RTBF. Mais, cette fois, ils auront tort. Le programme de musique continue que les deux chaînes diffuseront dès ce lundi 23 février et jusqu’au samedi 28 sera entrecoupé des journaux parlés et des décrochages matinaux. Ce qui justifie, en réalité, cette programmation inhabituelle, c’est la préparation technique du lancement, le 29 février, de VivaCité. Première des cinq radios de la RTBF à opérer sa grande mue, elle remplacera les émissions wallonnes et bruxelloises, avec le même goût de la proximité mais en bénéficiant, désormais, de ses propres journaux parlés, nationaux et régionaux. Le sport deviendra, aussi, un de ses atouts majeurs.

La disparition prochaine de Bruxelles-Capitale ne sera pas faite sans mal, suscitant pétitions, débats et avis nécrologiques d’autant plus affligés que la VRT, elle, va lancer en avril une chaîne bruxelloise. Le CDH est même remonté au front, la semaine dernière, pour demander au gouvernement bruxellois d’étudier la création d’une radio régionale, en collaboration, éventuellement, avec Télé-Bruxelles. Manifestement, les 3 décrochages quotidiens d’informations locales prévus sur VivaCité n’ont pas rassuré les aficionados de Bruxelles-Capitale, née en 1990 pour affronter les stations privées sur leur terrain.

Mais les temps changent et l’heure, à la RTBF, est à la restructuration complète de l’entreprise, même si les audiences de ses radios sont en hausse dans les relevés de 2003, avec un score global de 35 % de parts de marché.  » Bien sûr, pour nous, l’objectif est de mieux faire de la radio et de hisser, en trois ans, notre audience à 40 %, souligne Francis Goffin, le directeur de la RTBF-Radio. Mais il s’agit d’abord d’adapter nos façons de faire et d’intégrer les centres régionaux, qui étaient devenus trop autonomes, dans des dynamiques de chaînes.  » Les cinq programmes du service public deviennent en effet tous communautaires. Ils renforcent leur spécificité ( voir notre tableau ci-dessous) et, en principe, leur complémentarité. Cela rappelle beaucoup la grande réforme, très contestée, de 1994 ?  » Oui, mais celle-ci va plus loin, avec des différences plus marquées entre les chaînes « , répond Francis Goffin.

De la contestation, il y en a eu aussi cette fois-ci, la CGSP étant fidèle, jusqu’à la grève, à son atavique allergie au changement. Le syndicat socialiste a arraché 9 emplois supplémentaires en régions et  » 95 % des souhaits des techniciens ont été rencontrés « , dixit Goffin : le vent de fronde est donc tombé. Cela n’apaise pas pour autant l’anxiété d’animateurs qui se retrouvent sur la touche, ou celle de certains autres, condamnés à faire plus et mieux sans moyens supplémentaires.

Commençant le 29 février prochain, la transformation des radios s’étalera jusqu’au 1er avril. Ce calendrier s’imposait tant pour des raisons techniques que pratiques. Et il permet de prolonger la communication sur le sujet… Il faudra s’habituer bientôt à entendre de nouveaux noms de radios, à prendre d’autres habitudes horaires et à mémoriser de nouvelles fréquences en certains endroits du pays ( voir notre tableau).

Les nouveautés ne seront pas toujours révolutionnaires. Ainsi, celles de La Première relèvent plus d’un toilettage, avec un journal intégré de 8 heures à 8 h 30, suivi d’un débat en direct avec les auditeurs. Un Culture Club passera à l’antenne de midi à 13 heures, répondant ainsi partiellement aux doléances de ceux qui voyaient la culture perdre ses lieux d’information critique. Et puis, Jacques Bauduin, ex-animateur de l’émission dominicale Arguments, mais aussi ancien secrétaire fédéral d’Ecolo, revient à l’antenne en début d’après-midi pour un duo avec Claude Delacroix. Les papys font de la résistance.

Pour Francis Goffin, qui était encore directeur de la radio privée Bel-RTL voici un an à peine, l’aventure n’allait pas de soi. Engagé par la RTBF au printemps 2003 pour piloter une réforme imaginée sans lui, il débarquait à Reyers avec des idées préconçues sur le service public.  » Mais j’ai découvert ici un grand dynamisme, qu’on ne soupçonne pas quand on travaille dans le privé, dit-il aujourd’hui. Bien sûr, il y a aussi pas mal de lourdeurs, dans la mise en £uvre des décisions par exemple, et parce qu’il y a une grande tradition de concertation sociale. Mais il faut se rappeler l’importance des charges que doit remplir la RTBF, seule vraie garante de l’activité audiovisuelle en Communauté française.  »

Solidement ancré, également, dans le patrimoine génétique de la maison, le souci du service public a impressionné le nouveau directeur.  » Je me rends mieux compte à quel point le raisonnement, dans le privé, ne dépassait jamais le niveau commercial, alors qu’ici la dimension ôservice public », culturelle, est fondamentale « . On jugera à l’écoute.

VivaCité : née de Fréquence Wallonie et de Bruxelles-Capitale, elle doit être la grande radio généraliste de proximité. Elle s’intéresse à la vie quotidienne de l’auditeur et accueillera de multiples décrochages régionaux. Démarrage : le 29 février.

La Première : la seule dont l’étiquette ne change pas. C’est la radio généraliste de l’info et de la parole, avec ses journaux parlés et ses magazines. Démarrage : le 15 mars.

Musiq’3 : la radio musicale  » classique  » capte et diffuse plus de 200 concerts wallons et bruxellois. Elle retransmet aussi des concerts et des opéras depuis les plus grandes scènes d’Europe. Démarrage : le 15 mars.

Pure FM : elle s’adresse au public jeune et urbain. Essentiellement musicale, sa programmation sera moderne, avec une grille conçue comme un programme continu où l’interactivité sera déclinée avec des jeux et des témoignages. Démarrage : le 1er avril.

Classic 21 : l’héritière de Radio 21 se reprofile en  » music and news  » pour les adultes amateurs de classiques du rock et du pop anglais et français, et d’infos-service (trafic, météo). Démarrage : le 1er avril.

Jean-François Dumont

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