Cher Jean-Mi Godfurnon,

Si j’en crois la signature de la lettre que vous m’avez envoyée la semaine dernière, vous êtes Responsable Relation Clientèle chez un opérateur de téléphonie. Si j’en crois le contenu de cette lettre, vous n’avez rien compris à ce que je vous ai demandé. Permettez-moi donc de reprendre depuis le début.

Il y a quelque temps, je profitais de trop rares instants de liberté pour gazouiller avec ma fille et lui chatouiller le ventre en lui prononçant la formule magique Koulikoulikouli, ce qui a comme effet immédiat de la faire rire aux éclats, il faut en profiter, ça ne durera pas toute la vie mais, à 9 mois, elle n’en demande pas plus et moi non plus.

Quand le téléphone sonna. Tant pis, moment de magie foutu, ma fille ne rit plus et il ne me reste plus qu’à décrocher, c’est peut-être important. Ce ne l’était pas : c’était l’une de vos télé-opératrices qui voulait savoir pourquoi je ne téléphonais pas plus souvent avec vos services, ou qui venait m’apprendre que vos tarifs étaient moins chers ou que sais-je encore ? J’aurais pu m’énerver, vouer ma correspondante aux gémonies ou lui passer ma fille (qui, entre-temps, s’était mise à pleurer) en hurlant :  » Vous avez entendu ce que vous avez fait ? Vous n’avez pas honte ?  » J’ai préféré rester calme et lui demander de me passer son ou sa supérieur(e) pour obtenir de voir mon numéro de téléphone rayé de la liste de ceux que vos services tourmentent régulièrement.

S’en est suivi un long silence. En tendant l’oreille, j’entendais bien quelque chose comme  » Il veut qu’on arrête de l’appeler. Qu’est-ce que je fais ?  » Puis re-silence. Si Dieu le Père avait téléphoné au Vatican en demandant à parler à Benoît XVI  » et vite parce que j’ai un £uf à peler avec lui « , je crois que la standardiste papale aurait été moins embarrassée.

Et enfin le bruit d’un téléphone qu’on raccroche. Légèrement étonné par vos techniques de relations clientèle pour le moins innovantes, j’ai rappelé votre call-center. Où une autre de vos opératrices m’a garanti que tout serait fait pour satisfaire ma demande. Résultat : votre lettre, dans laquelle vous m’annoncez que je ne fais plus partie de vos clients (ce qui me fait une belle jambe : je ne savais même pas que j’en avais été). Mais qui ne pipe mot de mon désir d’être enfin débarrassé de vos harceleuses téléphoniques.

Dans moins de vingt ans se posera la question, pour ma fille, du choix de son futur métier. Je vais lui suggérer de devenir Responsable Relation Clientèle. A une époque où l’on rit de moins en moins, il est bon de savoir qu’il existe encore des métiers où la fantaisie est ainsi mise à l’honneur.

Marc Oschinsky

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