Chaud effroi au cinéma

Le cataclysme du film Le Jour d’après est saisissant… mais fantaisiste : le vrai danger climatique est ailleurs

(1) De Jean Jouzel et Anne Debroise.

Lorsque Hollywood traite de l’influence humaine sur le climat de notre planète, les conséquences sont… hollywoodiennes. Le film en question s’appelle Le Jour d’après et vient de sortir sur nos écrans. Où l’on s’aperçoit que le cinéma s’accorde parfois des libertés que la science se refuse, au risque d’entraîner quelques confusions…

Son scénario est à la fois simple et effrayant : le réchauffement climatique dû à l’effet de serre provoque la rupture d’un immense barrage naturel en Arctique. La gigantesque masse d’eau douce ainsi libérée bloque ce que les scientifiques appellent la  » circulation thermohaline « . En d’autres termes, le Gulf Stream s’arrête, ce qui bouleverse le climat mondial en quelques jours. On y voit New York englouti par un raz de marée, il neige à New Delhi et des grêlons gros comme des £ufs frappent Tokyo. Le plus troublant est que l’arrêt du Gulf Stream s’est déjà produit il y a 8 200 ans selon le même mécanisme, provoquant un refroidissement de 2 à 5 degrés dans toute l’Europe de l’Ouest.

Mais là où les cinéastes s’en donnent à c£ur joie, les scientifiques sont plus circonspects. Le Pr Jean Jouzel, membre, en France, d’un Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), fait justement la part des choses :  » Ma crainte principale est liée à la perception que pourront avoir les spectateurs.  »

Cet événement cinématographique risque en effet de jeter le trouble dans une opinion publique encore peu avertie.  » La science cède vite le pas à la science-fiction. Ce que le film décrit est très peu probable « , estime l’auteur du livre Le Climat : jeu dangereux , chez Dunod (1).

Car le plus grand danger qui guette l’humanité n’est pas une nouvelle ère glaciaire telle qu’elle est décrite dans Le Jour d’après :  » Le problème majeur réside dans le réchauffement de la planète « , s’inquiète le scientifique. Faute de politiques adéquates,  » des étés exceptionnels comme celui de 2003 pourraient ne plus l’être dans vingt ans. Reste une certitude : une Terre avec trois fois plus de gaz carbonique dans son atmosphère sera peu vivable « , affirme-t-il. Or, contrecarrer le réchauffement planétaire demeure un processus complexe. La Terre est une machine lancée à fond et l’arrêter prendra du temps.  » Seuls nos petits-enfants verront les résultats de nos efforts « , conclut le chercheur. La route sera longue.

Laurent Simon

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