Charité bien ordonnée…

 » Encourager  » les chômeurs à trouver un job ? Très bien. Surtout s’ils sont flamands, disciplinés et courageux. Le Nord avance masqué sur la voie de la régionalisation de l’emploi.

Octroyer une prime aux chômeurs qui déploient des efforts louables pour décrocher un travail ? En voilà une bonne idée, récemment avancée, avec d’autres propositions, par Kris Peeters, ministre-président flamand (CD&V). Ainsi, les paresseux, les travailleurs au noir qui pointent pour arrondir leurs fins de mois, les jeunes mères trop heureuses de pouvoir pouponner, les femmes de médecin pour qui les allocations de chômage constituent ni plus ni moins un petit complément d’argent de poche, les loqueteux, les exclus qui se complaisent dans l’exclusion, ceux qui ne nourrissent d’autre ambition que de vivoter sans trop se décarcasser, tous ceux-là, donc, seraient enfin défavorisés par rapport à ceux qui cherchent,  » pour du vrai « , à se recaser professionnellement.

Au café de la gare (quoique les pochards invétérés risquent d’y perdre, eux aussi), cette  » piste  » risque de rencontrer un petit succès. Surtout en Flandre. Pourquoi surtout en Flandre ? Parce qu’il est de notoriété publique que ceux qui abusent de la bonté des pouvoirs publics se recrutent presque exclusivement dans le sud du pays, dans cette Wallonie profonde et irrémédiablement profiteuse, fraudeuse, encline à la paresse. Cette vérité n’a, du reste, pas échappé à Kris Peeters, puisqu’il a proposé que cette prime, dite d' » activation « , soit octroyée par les Régions, et non pas par l’Etat fédéral. Dans son esprit, il va de soi que seuls les chômeurs flamands méritent cette  » récompense « . Dans le même esprit, il suggère également que les Régions – entendez, surtout la sienne – puissent bénéficier d’une augmentation de la dotation fédérale allouée au paiement des allocations de chômage. Et que d’autres, en revanche – la Wallonie, notamment – puissent voir cette dotation revue à la baisse. Le tout suivant un système de bonus-malus, en quelque sorte. La Flandre, ses entreprises, ses chômeurs involontaires (quelque 6 % de la population active), qui feraient preuve d’un dynamisme et d’une bonne volonté génétiques, se verraient ainsi encouragés à persévérer sur la voie du salut. La Wallonie, ses terrils à l’abandon, ses chômeurs ataviques (15 %) seraient justement pénalisés.

Bien sûr, Kris Peeters proteste contre pareille interprétation. Il jure que son  » plan  » ne recèle aucune malice. Que les critères d' » activation  » des chômeurs et ceux prétendant mesurer leur degré de  » responsabilité  » seront établis selon une grille  » objective « , tenant compte de multiples paramètres. Et qu’il n’a, promis-juré, aucun agenda caché. Et qu’il faudrait être vicieux pour y déceler le moyen d’amorcer la régionalisation de l’emploi et de la sécurité sociale. Le hic, c’est que même ses coreligionnaires flamands ne le croient pas… l

Isabelle Philippon

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