Ceci n’est pas un recensement…

Vous reste-t-il de l’argent en fin de mois ?  »  » Combien de fois par an partez-vous en voyage ?  »  » Avez-vous des crédits en cours ?  »  » Quel est le montant de vos factures annuelles de gaz, d’électricité, de GSM ?  »  » Votre téléphone portable est-il votre propriété ou celle de votre employeur ?  »  » Prévoyez-vous une naissance dans les douze mois ?  »

Un million de ménages belges ont reçu, ces derniers temps, une série de questions de ce genre dans leurs boîtes aux lettres. Une nouvelle version de l’enquête socio-économique du ministère des Affaires économiques, alors baptisée  » recensement  » ? Le pli contenant le questionnaire pourrait le laisser penser : enveloppe brune format A4, mention  » enquête nationale  » en gros caractères, numéro de référence et code-barres, cachet rouge de rappel sur certains plis ( » Nous attendons votre réponse dans les quinze jours « ). Seule la mention  » réponse facultative  » vient nuancer la teneur assez pressante de la missive.

Rien à voir, pourtant, avec une enquête des pouvoirs publics. Il s’agit d’une offensive commerciale de La Poste. Elle propose aux particuliers de répondre à une dizaine de pages de questions bien serrées, espérant ainsi endiguer l’afflux de courrier publicitaire qui déboule dans leurs boîtes aux lettres et qui, souvent, n’est pas consulté, faute d’intérêt. En identifiant les préférences des consommateurs et en les communiquant aux firmes concernées (les répondants reçoivent, en échange, des bons de réduction et des échantillons), La Poste espère surtout augmenter l’ensemble du courrier en circulation dans le pays, malmené – notamment – par le succès de la messagerie électronique.

Au siège de l’entreprise publique autonome, on préfère éluder le montant du revenu espéré de la revente de ces informations aux entreprises. Mais on ne nie pas l’objectif commercial d’une telle démarche.  » Nous avons un retard énorme, en Europe, sur le terrain du marketing direct, explique François Dorrekens, porte-parole de La Poste. Nous devons relever le défi de générer des revenus sur un marché fortement libéralisé. Les consommateurs sont libres de répondre ou non.  »

Libres, peut-être. Mais l’adoption de techniques commerciales de ce genre n’entre-t-elle pas en contradiction avec l’image de service public qui reste accolée au travail postal ? Le consommateur, considéré individuellement, sera-t-il vraiment mieux ciblé par la publicité ? Ne s’agit-il pas d’une nouvelle étape dans l’incitation à consommer du superflu, qui précipite des cohortes de ménages dans le surendettement ?  » Le procédé est légal, estime Marc Vandercammen, directeur du Crioc (organisations de consommateurs). Il joue adroitement sur l’image positive du facteur. Il ne conduira pas nécessairement à davantage de publicités dans les boîtes aux lettres familiales. Mais il poussera, sans aucun doute, à acheter davantage de biens et de services. Et à consommer plus.  »

Philippe Lamotte

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