Carrefour On prépare la mariée

Premier actionnaire d’Accor et de Carrefour, le fonds d’investissement Colony semble tout faire, depuis la rentrée, pour bousculer les deux géants. Signe de fragilité ?

Sébastien Bazin préfère ne pas ferrailler avec ses détracteurs, qui le caricaturent – selon lui – en grand méchant loup financier mû par le seul appât du gain. Soupçonné de malmener Accor et Carrefour, les deux fleurons du CAC 40 dont il est l’actionnaire principal, le patron pour l’Europe du fonds d’investissement Colony Capital se terre, ces jours-ci, dans un silence absolu. Profil bas. Les visées du fringant financier aux cols de chemise amidonnés et au regard bleu acier, entré au capital de ces deux entreprises en lorgnant leurs actifs immobiliers, sont quelque peu contrecarrées par la crise. Et il lui faut donc patience garder, avant d’espérer recouvrer sa mise. Mais, depuis le début de septembre, plusieurs signes semblent indiquer que la marge de man£uvre de Colony est peut-être moins confortable que les déclarations de son patron ne le laissaient entendre voilà peu encore.  » Sébastien Bazin a-t-il un problème pour rembourser ses échéances ?  » s’interroge un gestionnaire.

L’annonce, à la fin d’août, d’un projet de scission du géant hôtelier Accor a instillé le doute.  » L’opération pourrait, il est vrai, assurer une jolie manne aux actionnaires « , estime Matthias Desmarais, analyste chez Exane. Gilles Michel, patron du Fonds stratégique d’investissement (FSI), deuxième associé du groupe, ne goûte guère cette précipitation :  » Il ne faut pas mettre la charrue devant les b£ufs « , déclarait-il récemment au quotidien LesEchos. Un commentaire qui vaut avertissement pour Sébastien Bazin.

D’aucuns ont été fort surpris d’entendre Gilles Pélisson, PDG d’Accor, lors de la présentation des résultats semestriels, le 27 août, déployer une batterie d’arguments favorables à un tel scénario, après avoir défendu pendant des années la parfaite complémentarité des deux activités (hôtelière et de services).  » Les synergies entre les deux branches sont très limitées. Je considère qu’il y a une vraie chance dans cette séparation « , déclarait-il alors.

Le pôle hôtelier d’Accor pourra-t-il vivre de façon autonome privé du cash de l’activité des services (Ticket restaurant, notamment) – la vache à lait du groupe aujourd’hui ? Si la logique industrielle de ce projet fait débat, les bénéfices à court terme pour les actionnaires semblent indéniables. D’où les critiques croissantes sur les pressions exercées par Colony et la prééminence de raisonnements strictement financiers.  » Sébastien Bazin exerce son rôle d’actionnaire activiste, et c’est bien normal. De là à dire qu’il met un revolver sur la tempe des managers, c’est profondément injuste « , plaide-t-on dans l’entourage du financier.

Leur latitude semble pourtant bel et bien sérieusement réduite. Ainsi, les rumeurs récentes faisant état d’une cession des filiales sud-américaine et chinoise de Carrefour sont venues renforcer cette impression.

Entrés en mars 2007 chez le n° 2 mondial de la distribution, Colony et son associé, le patron de LVMH, Bernard Arnault, ont investi pas moins de 3 milliards d’euros pour s’emparer de 9 % du mastodonte avec, en tête, l’idée de réaliser de jolies plus-values grâce au patrimoine immobilier du distributeur. Las ! non seulement la crise a contrarié leurs ambitions, mais elle a fait fondre la capitalisation boursière de Carrefour de 14 milliards d’eurosà Car le modèle économique du groupe, fondé sur l’hypermarché, bat de l’aile. Pour réinventer une stratégie et espérer faire remonter un cours de Bourse tombé à 30 euros, les actionnaires ont donc congédié José Luis Duran, le directeur général, et confié les clés, en janvier dernier, à Lars Olofsson. Le Suédois aux cheveux coupés en brosse, après avoir aligné un parcours sans faute chez Nestlé, apparaît à l’époque comme l’homme providentiel.  » Il a trois ou quatre ans pour remettre Carrefour sur les rails « , nous confiait Sébastien Bazin quand il consentait encore à s’exprimer.

Un directeur général en porte à faux

Mais à peine Lars Olofsson a-t-il défini ses chantiers stratégiques que le voici déstabilisé. Ses actionnaires, suspectés de vouloir céder les filiales brésilienne et chinoise, tardent à démentir les rumeurs. Voici Olofsson contraint de calmer le jeu :  » Je n’ai jamais senti la moindre dissonance avec les administrateurs « , déclarait-il la semaine dernière. Mais le ver est dans le fruit. Parmi les salariés, et notamment dans les hautes sphères, on s’interroge :  » Le patron a-t-il été recruté pour préparer la mariée et vendre Carrefour au n° 1, Wal-Mart, ou a-t-il réellement l’intention de relancer le groupe ?  » La réponse est d’autant plus difficile à donner que la situation exacte des deux principaux actionnaires de Carrefour est d’une totale opacité.

L’été dernier, le groupe Arnault – holding personnel du milliardaire via lequel il a investi dans le distributeur – a vendu Cheval Blanc, le prestigieux cru de saint-émilion dont Albert Frère détient 50 %, au navire amiral, LVMH. But probable de l’opération : renflouer le holding, dont la moins-value latente due à Carrefour est estimée par nos sources à 700 millions d’euros. Chez Colony, l’absence d’informations financières alimente les spéculations.  » Sébastien Bazin estime qu’il n’a de comptes à rendre qu’à ses investisseurs et qu’il n’a pas à commenter les rumeurs « , justifie-t-on dans son entourage. Quitte à laisser dire que Colony a de petits soucisà

Libie Cousteau

la rumeur de vente des filiales brésilienneet chinoise

n’est pas démentie

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