Cacophonie communicationnelle

Les technologies de la communication ne favorisent-elles pas davantage la confusion que la compréhension ?

Françoise Chapelier, BruxellesSelon certains, quand nos ancêtres passèrent de l’exubérance de la forêt à l’austérité de la savane, ils développèrent des capacités nouvelles tant physiologiques que mentales. Perdus dans de vastes plaines, ils se redressèrent pour mieux en scruter les opportunités et les dangers. Ainsi vont-ils acquérir la station debout. Intellectuellement aussi, leur nouvel habitat modifia leurs capacités. Dans la jungle, ils étaient sollicités continûment par un flot d’images changeantes : une liane, un fruit, une branche d’arbre, une autre liane… Sans cesse, le flux des stimuli bridait leur attention. Habiles à se déplacer d’un point à un autre, ils faisaient corps avec cet environnement, voués à l’instinct du moment. Ces fulgurances les enchaînaient dans un présent sans passé et, donc, sans futur. Par contre, les ressources plus rares, les dangers dissimulés dans les étendues herbeuses aiguisèrent une attention que ne distrayait plus le flot ininterrompu des sensations brutes. La pensée moins distraite put se développer et investir l’être animal que nous étions.

Semblablement, le temps présent se caractérise par une révolution de la communication qui s’accélère sans cesse. Nous sommes, non pas sollicités, mais agressés par les outils qu’elle déploie. Les médias ne sont plus des moyens propres à gérer nos besoins, ou ce que nous tenons pour tels, mais une tyrannie acceptée. Radio, télévision, cinéma, Internet, e-mail, SMS – sans compter les instruments traditionnels comme les journaux et les livres – en rajoutent à la cacophonie communicationnelle. Happés par ce présent tonitruant, nous en usons sans prendre garde à une frénésie d’absorption des constituants sonores et visuels de cette communication. L’ampleur, la vitesse, le perpétuel changement de contenu finissent par indifférencier les informations. La plupart d’entre nous sont dans un état de besoins sans pour autant conserver la capacité d’analyse de ce flot indifférencié.

Comment brider cette communication du tout et du rien, de l’important et de l’accessoire, de la réalité et de l’apparence ? Trop d’informations désinforment parce qu’elles nous rendent inaptes à en faire le tri. La mémoire au présent est si vaste et si multiple que celle du passé s’y noie et que demain est brouillard. La nouveauté de la situation explique peut-être ce sentiment ; reste qu’on ne voit pas se développer une véritable culture de gestion de ce flot d’images et de bruits. La technique nous rend-elle singe ?

Jean Nousse

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