Brume ardennaise

Suite et pas fin du feuilleton wallon de l’automne en 4 questions clés

L a Wallonie s’est-elle fait avoir ? Le retour de la F 1 à Francorchamps, en 2004, avait un prix. La classe politique wallonne, qui renâcle aujourd’hui, était d’accord de le payer, presque unanimement. Le ministre Kubla (MR) qui avait négocié avec le maître de la F 1, Bernie Ecclestone, tablait sur de probables bénéfices après deux ans. Un leurre. Il apparaît à présent que même l’Anglais faisait des pertes lorsqu’il organisait l’épreuve belge via sa société Spa Activities. Les pièges du désormais célèbre contrat 2004-2010 signé par la Société de promotion du circuit de Spa-Francorchamps (SPCSF) avaient bien été identifiés par le ministre du Budget de l’époque, Michel Daerden (PS). Ce qui ne l’a pas empêché de le faire signer par les dirigeants de la SPCSP, dont son président Yves Bacquelaine (MR) qui a traité Daerden de menteur quand il a affirmé ne lui avoir rien demandé.

Quelle garantie ? Les brumes ardennaises enveloppent toujours l’épineuse question de la garantie. La convention prévoit que, sous peine de nullité de celle-ci, les montants du plateau, en l’occurrence le paiement du pas-de-porte pour pouvoir accueillir une épreuve du championnat du monde des conducteurs, doivent faire l’objet d’une garantie… dans les quinze jours ! Elle n’a jamais été produite. Toutefois, Meusinvest s’est portée garante pour 2004, à la demande du ministre Kubla. Pour la suite, mystère et bouche cousue. Officiellement, rien.

Qui doit payer ? Les éditions 2004 et 2005 du GP de Belgique ont été déficitaires et la faillite a été prononcée à l’encontre de la société DDGP de Didier Defourny. L’ex-organisateur privé du GP se plaint d’engagements non tenus par la Région wallonne mais s’expose aussi à des questions sur sa gestion. Pratiquement, le gouvernement Di Rupo a ordonné à la Sogepa de prêter à la SPCSP la somme nécessaire pour payer Ecclestone, en l’occurrence les montants que DDGP n’a pu honorer : 12 millions d’euros. Cela démontre l’ineptie du raisonnement du ministre Daerden faisant un distinguo purement juridique entre la Région,  » non engagée  » et la société privée de promotion du circuit, à capitaux publics, qui a signé le contrat controversé. Le gouvernement wallon cherche à en renégocier les termes afin de limiter, à l’avenir, l’intervention publique.

Une commission d’enquête parlementaire ? A moins d’un retournement de situation à la prochaine conférence des présidents (qui réunit les membres du bureau du parlement wallon et les chefs de groupe politique), Ecolo est le seul parti à réclamer haut et fort une enquête parlementaire. Le PS en rejette nettement l’idée, arguant du fait que le contrôle parlementaire  » ordinaire  » suffirait amplement à départager les responsabilités dans ce dossier pourri, certes, mais qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas entaché d’irrégularités. Serge Kubla (MR), chef de file des députés libéraux wallons, se fait, lui, beaucoup plus hypocrite : oui à une commission d’enquête sur Francorchamps, à condition que l’on en instaure une autre sur le secteur du logement social. Ce faisant, le MR enterre proprement la commission sur Francorchamps. Outre le fait que le PS ne veut pas en entendre parler, une enquête parlementaire sur le logement social risquerait d’empiéter sur les nombreuses enquêtes judiciaires en cours. Quant au CDH, associé au PS dans le gouvernement wallon, il renoue avec la plus pure tradition jésuitique : on veut bien d’une commission d’enquête sur Francorchamps, mais on craint que celle-ci fragilise la Région wallonne si, à l’avenir, la justice était amenée à se pencher sur le contrat passé avec Ecclestone ou sur la faillite de la société de Didier Defourny. Et, surtout, on rappelle que, sans l’appui du PS, les parlementaires devraient avoir recours aux voix de l’extrême droite pour faire voter l’instauration d’une commission d’enquête. En faisant semblant de ne pas voir que si tous les partis démocratiques la réclamaient sans ambiguïté, le PS serait bien obligé de s’y résigner sous peine, sinon, d’apparaître comme seul réfractaire à la vérité…

P.S. et I. Ph.

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