Bowie coffré

En quatre CD, Sound + Vision décline le parcours de David Bowie dès la fin des années 1960

Coffret Sound + Vision, chez Virgin-EMI

Vu son ampleur – quatre CD pour 70 chansons -, ce coffret n’est pas simplement une récapitulation sous forme de best of de la carrière de l’Anglais polymorphe, pas plus qu’une rétrospective intégrale destinée aux fans hardcore. A la manière la plus  » bowienne « , l’objet se place dans ce mince interstice entre la consommation grand public et la recherche constante, parfois pointue, de l’innovation stylistique. Le premier effet produit par l’enchaînement des plages est de resituer Bowie comme pondeur de hits, faiseur de miracles aux hit-parades, particulièrement dans les années 1970 et 1980. Pas de Let’s Dance (trop vulgaire ?) ni de Fame ou de Life on Mars ?, mais bien Ashes to Ashes, Rebel Rebel, Sound and Vision et Helden, version germanique tétanisante de son Heroes métaphysique.

Dans cette matière pop et mutante, le coffret inscrit neuf prises live et une poignée de raretés discographiques, tel que It’s Hard to Be a Saint in the City, chanson écrite par Bruce Springsteen et adaptée par Bowie dans un curieux moule disco-soul symphonique, à contretemps absolu du rock glorieux de son auteur originel. Ce coffret rappelle aussi l’extraordinaire inspiration de Bowie pendant la décennie 1970 et la trilogie berlinoise Low, Heroes, Lodger, en rupture complète avec le glam de Ziggy et le funk synthétique de son séjour cocaïné à Los Angeles. Plus d’une fois, on a l’impression que Bowie a toujours l’extraordinaire instinct de tempérer son travail le plus à la marge – comme dans les deux reprises de Brecht, datées de 1982 – par une écriture volontairement plus commerciale, plus  » pop « . Comprenant sans doute que la meilleure façon de sanctifier son travail est d’en faire – selon la méthode  » warholienne  » – une  » £uvre d’art populaire « . Mélodiste doué, producteur remarquable, vocaliste irradiant, Bowie revisité par ce box excellemment documenté apparaît bien plus indéfinissable que le quinquagénaire (exagérément) souriant vu sur toutes les chaînes de télévision ces derniers mois. Heureusement.

Ph.C.

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