Bonne vie et meurtres

Le Conseiller du roi, par Armel Job. Robert Laffont, 269 p.

A en croire le nombre des dégustateurs, il semble qu’à l’instar des bons crus la Question royale et le règne de Léopold III aient pris le meilleur de leur bouquet après plus d’un demi-siècle de bouteille. Mais il y a bien des façons moins plaisantes de les évoquer que celle dont use Armel Job, qui préfère inventer de bonnes histoires plutôt que de réinventer l’Histoire. Encore que… Chemin faisant, il ne risque pas de se tromper sur le fond en machinant, bien qu’avec des acteurs de son cru pénétrés du souci de garder au pays ses bonnes manières, l’insigne crapulerie de l’assassinat de Julien Lahaut, condamné à mort pour impolitesse. Mais là n’est pas toute l’affaire, puisque c’est au c£ur de l’Ardenne que se noue le drame villageois du roman, dont le protagoniste n’est autre que le conseiller de Léopold III, Henri Gansberg Van der Noot (patronyme imaginaire frôlant toutefois la contrepèterie). Il y possède une gentilhommière abritant, outre les secrets d’Etat, des colloques plus singuliers encore avec une jeune personne du cru. Jusqu’au jour où, en ces lieux champêtres et en pleine Question royale, ce grand commis loyal et scrupuleux est impliqué dans une affaire de meurtre qui, par des voies étranges, ramèneront le lecteur au chevet du cadavre de Lahaut.

Tout en suscitant une telle cascade de rebondissements qu’il en deviendrait presque prévisible, Armel Job mène son récit avec une alacrité et une justesse pareilles pour déculotter les dignitaires de leur onction ou pour percer à jour les ranc£urs de caboches encore hantées par les blessures de la guerre ainsi que les ruses et le robuste empirisme cultivés dans le secret d’une Ardenne que ce prof de lettres classiques connaît comme son latin. Il confirme aussi son talent à réveiller la mémoire et les atmosphères par une profusion de détails (marques, slogans, coiffures, actrices, films, etc.) et d’observations pointues qui réactualisent ici de façon saisissante la Question royale et les troubles qu’elle a provoqués. Sans oublier chez lui un art tout particulier de l’expression qui brave le cliché et parfois û superbement û l’honnêteté. Ainsi s’avise-t-on qu’au village dont il est question dans ce roman d’amour (mais oui !) tout en rouerie, le mot femme  » désigne d’abord une démangeaison puis un cheval de fatigue « . Ce qui, somme toute, éclaire davantage la nature de l’homme que celle de sa compagne.

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